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Comment nos visites peuvent-elles être des lieux de consolation? C’est à cette question qu’a tenté de répondre Stefan Constantinescu, théologien, responsable du Département formation et accompagnement des adultes pour l’Eglise catholique dans le canton de Vaud. Invité à Morges mardi 10 mars par Barbara Mancuso, de la pastorale de la santé, il a donné une conférence intitulée «Quand la visite devient consolation», s’appuyant sur l’expérience et les écrits de saint Bernard de Clairvaux, père spirituel et important promoteur de l’ordre cistercien au 12e siècle.
Saint Bernard ne nous offre pas une méthode de visite, mais une théologie de la présence, a dit Stefan Constantinescu: il convient d’accueillir Dieu en soi pour, visitant une personne malade, isolée, éprouvée, le donner et repartir transformé. Chaque visite fait alors de la fragilité un lieu saint, un lieu de la présence de Dieu en nos existences précaires.
Stefan Constantinescu s’est appuyé sur le sermon 74 sur le Cantique des cantiques de saint Bernard pour décrire la visitation du Verbe dans l’âme. Il se manifeste par des visites qui échappent à toute perception sensorielle – ni sons ni images ni traces de pas de sa part – qui révèlent un Dieu à la fois «plus haut que la cime de moi-même» et plus bas que «le plus bas de moi-même», un Dieu «au-delà de tout ce qui m’est extérieur» et «plus intérieur que moi-même».
Des visites caractérisées par un va-et-vient constant: «Quand il passe, il veut être retenu; quand il s’en va, il veut être rappelé. Car le Verbe divin n’est pas irrévocable; il va et revient à son gré; il visite l’âme au point du jour, et soudain la met à l’épreuve», écrit saint Bernard. Ces visites, si imprévisibles qu’elles soient, appellent une interaction, un dialogue, une réponse de l’âme. Car chacune d’elles, qu’elle soit inopinée ou planifiée, implique une arrivée, une rencontre entre des personnes, un échange de paroles et un départ, a précisé Stefan Constantinescu.
Des êtres iconiques
Puis il a proposé une réflexion sémantique sur le verbe «visiter». Dans l’Ancien Testament, «la notion de ‘visite divine’ est dans la plupart des cas utilisée pour marquer l'intervention de Dieu pour sauver son peuple», un Dieu «qui se souvient, intervient, libère». Dans le Nouveau Testament, la visite de Dieu – en témoigne la résurrection du fils de la veuve de Naïn – est le signe de «sa présence agissante qui accomplit sa promesse».
Mais qu’entend Bernard par le Verbe? Il le développe selon trois perspectives: les paroles de Dieu révélées dans la Bible, le mystère de l’Incarnation, les effets de ce mystère sur l’âme humaine. Et les visites du Verbe font de la personne humaine une icône de sa splendeur, un être de lumière qui reflète sa beauté: «Le corps, image de l’âme, reçoit cet éclat resplendissant qui perce comme ses rayons, et il le répand par les membres et par les sens, jusqu’à ce que tout en devienne lumineux: l’action, la parole, le regard, la démarche, le rire», écrit Bernard de Clairvaux.
Au fondement, l’humilité
Il invite chacun à lire «dans le livre de l’expérience». Celle-ci nécessite «un regard tourné sur soi-même» et «un repli intérieur pour interroger sa conscience», a expliqué le conférencier. Ainsi, la connaissance de soi est la première étape de l’accueil du Verbe; se connaître soi-même «crée l’humilité qui rend possibles les visites du Verbe». Une humilité qui pour Bernard est le fondement de l’anthropologie. Elle permet d’éviter trois pièges: méconnaître sa dignité, se surestimer, faire preuve de présomption.
Et puis, la visite du Verbe en notre âme est transmissible, relève saint Bernard, d’où l’importance de parler de son expérience et de la laisser parler afin que la Parole atteigne autrui – «savoir pour édifier». L’épisode évangélique de la Visitation illustre ce mystère de la transmission: après avoir reçu la visite de l’ange, Marie se rend chez Elisabeth pour annoncer le Verbe. De l’Annonciation à la Visitation, de la parole qui rend possible l’Incarnation – le oui de Marie – à la parole qui transmet le Verbe. Ainsi «être visité, c’est devenir porteur du Verbe et visiteur», c’est le recevoir, puis le transmettre.
Stefan Constantinescu a affirmé en conclusion: «Bernard ne nous donne pas une méthode de visite, il nous donne une théologie de la présence». Une théologie guidée par trois axes: nous rendre disponibles intérieurement – venir sans agenda, créer l’espace pour que l’autre existe –, accueillir la fragilité comme lieu saint, repartir transformé.
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