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La Mission catholique italienne du Grand-Vevey, c’est une histoire de foi, d’amitié et de fraternité célébrée les 13 et 14 juin à l’église Notre-Dame de Vevey et dans la salle de paroisse. Une fête pour redécouvrir ses racines et transmettre la mémoire aux plus jeunes. Sans nostalgie, car «les jeunes d’aujourd’hui sont devenus des citoyens du monde», constate le Père Arturo Parolo, chapelain de la Mission catholique italienne de Vevey depuis 2002, mais «dans la reconnaissance envers celles et ceux qui nous ont précédés, ouvrant le chemin dans les souffrances et les humiliations».
Samedi soir, ils étaient une quarantaine dans la salle de paroisse venus écouter le Père Parolo, capucin, retracer l’histoire de la Mission catholique italienne du Grand-Vevey et regarder le film d’animation «Interdit aux chiens et aux Italiens» d’Alain Ughetto. Celui-ci y retrace le parcours de ses grands-parents paternels, agriculteurs piémontais, de la fin du 19e siècle au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Le film évoque l’émigration italienne notamment en Suisse: une main-d’œuvre corvéable à merci qui, poussée par la misère, participe aux grands chantiers alpins, à commencer par le tunnel du Simplon, en 1895; viendront ensuite le chemin de fer, les barrages en Valais, les palaces sur la Riviera et, à Vevey, le funiculaire.
Pauvreté, exil, séparation: ces réalités montrées par le film ont été vécues par les participants chez qui les images ont suscité beaucoup d’émotion et fait remonter de nombreux souvenirs. Lors de la verrée qui a suivi la projection, plusieurs ont raconté un parcours difficile. Tous les témoignages convergeaient pour rappeler combien la vie des migrants italiens a été marqué par le courage, les sacrifices et l'espérance. Aujourd’hui, ils constituent une part essentielle de l'histoire de la région et de la richesse humaine de l’UP Grand-Vevey.
Dimanche matin 14 juin, une messe bilingue a rassemblé à Notre-Dame les communautés italophone et francophone de l’UP. Elle était célébrée par le curé, l’abbé Jean Glasson, assisté du Père Parolo et des abbés Egidio Todeschini, coordinateur des communautés italiennes de Suisse, et José Nkuanga Dumbi, nouveau chapelain de la Mission catholique italienne, qui entrera en fonction le 1er septembre. Le curé a remercié les religieux, les prêtres et les laïcs qui se sont engagés durant 70 ans au service de la Mission catholique italienne et accueilli officiellement le nouveau chapelain.
Dans son homélie le Père Parolo, commentant l’évangile du jour, a souligné la compassion de Jésus envers les foules qui révèle un Dieu proche des souffrances des hommes: «Jésus ne se contente pas d’observer, il s’active de toutes les manières possibles, il donne des paroles de vérité et de vie, il guérit, il libère, il sauve, il partage leur douleur, il redonne espoir et salut». A la suite des apôtres, les missionnaires ont témoigné de cette compassion au long des siècles tout comme les chapelains de la Mission catholique italienne: «De nombreux prêtres et religieux ont accompagné et soutenu des populations d’émigrants dans un parcours marqué par la souffrance et les humiliations en s’efforçant de leur redonner leur dignité humaine tout en entretenant en eux les valeurs familiales et la foi qui leur avaient été transmises». Ils ont accompagné les émigrants et les ont aidés à s’intégrer. «Non à s’assimiler, c’est différent! C’est un donner et un recevoir.»
Le prêtre a rendu hommage à leur persévérance: «Ils ont vécu la compassion envers les plus faibles. Maintenant nous récoltons les fruits de cette compassion devenue action. Cela doit nous inciter à rester attentifs à la construction d’un chemin d’intégration sans nous refermer sur nous-mêmes ni oublier la compassion».
L’abbé Todeschini a rappelé que si les missions catholiques ont été fondées, pour la plupart, dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, le boom de l’émigration italienne s’est produit dans les années 1960-1970. «Pour beaucoup d’émigrants italiens, a-t-il rappelé, elles ont été un point de référence, un lieu où trouver une parole d’espérance et vivre leur foi.» Et l’avenir? «La Mission catholique italienne est toujours utile pour construire une Eglise qui soit une maison pour tous et une école de communion. Elle nous aide à conserver notre identité dans un esprit de collaboration.»
Pour Angelo Iorio, son actuel président, qui a pris la parole à la fin de la messe, «aujourd’hui, nous sommes totalement intégrés dans la paroisse». Il a rappelé pour mémoire le passage du sous-sol à l’église pour les célébrations. Puis il a accueilli l’abbé Dumbi au nom de la communauté et remercié la communauté francophone. Enfin, le curé a béni les pains de saint Antoine, symboles de charité et de protection, déposés dans une corbeille au pied de l’autel.
L’après-midi, place à la fête avec un apéritif dînatoire préparé par la communauté italophone, de la musique, des chants et des tours de magie pour petits et grands.
La communauté catholique italienne de Vevey – qui compte environ 1500 membres originaires principalement du Mezzogiorno – a une foi vivante marquée par une forte dimension communautaire. «Même s’ils appartiennent pour la plupart aux troisième et quatrième générations, ses membres tiennent à la messe dans leur langue, car elle fait partie de leur culture», constate le Père Parolo. Le maçon est devenu ouvrier spécialisé, puis chef de chantier et enfin patron, mais l’esprit communautaire reste présent: à la Mission catholique italienne, on aime partager des repas, comme celui proposé à tous dimanche après la messe bilingue. «C’est un lieu de socialisation, de communication et de pastorale.» Et, pour entretenir les liens et donner des nouvelles, la Mission catholique italienne a lancé il y a soixante ans le trimestriel «Incontro», qui rejoint quelque 1300 familles.
L’avenir? Il est entre les mains des jeunes à qui «il faut transmettre des valeurs comme la famille et le sens de la communauté».
La Mission catholique italienne du Grand-Vevey voit le jour en 1956: elle se constitue en association reconnue par l’Etat. Les aumôniers aident les migrants à s’intégrer en les secondant dans leurs démarches administratives, eux qui, au départ, se refusent à parler italien de peur d’être stigmatisés. La Mission catholique est pour beaucoup le premier lieu d’insertion dans un pays inconnu.
«Le chemin vers la reconnaissance a été long», reconnaît le Père Parolo. Avec les francophones, il a fallu fortifier la confiance mutuelle, bâtir l’unité. Aujourd’hui, «le dialogue et la collaboration se développent dans une belle harmonie. D’ailleurs, la fête des 70 ans était aussi celle de la paroisse francophone. Nous sommes bien insérés dans l’Unité pastorale Grand-Vevey tout en restant une mission linguistique avec notre spécificité».
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