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Lorsqu’on évoque le Carême, c’est naturellement la question du jeûne qui vient à l’esprit. Cette période liturgique de quarante jours (excluant les dimanches) qui précède Pâques commence le Mercredi des Cendres : à l’occasion de ses célébrations, les rameaux de Pâques de l'année précédente sont brûlés puis, avec leurs cendres, une croix est tracée sur le front des fidèles, les appelant à la conversion. C’est l’imposition des cendres, symbole d’humilité, de fragilité et de pénitence. Par cet acte symbolique, l’homme reconnaît sa vulnérabilité et ses péchés, tout en demandant pardon à Dieu. A noter que la veille du Mercredi des Cendres est appelée “Mardi gras”, jour qui clôt le Carnaval, période festive commune en Occident où quelques jours durant, liesse, exultation et agapes sont au programme.
Le Carême s’enracine dans une longue tradition chrétienne. Dès le IVᵉ siècle en effet, le calendrier liturgique commence à se structurer, et le Carême s’installe peu à peu comme un temps de préparation à Pâques, Résurrection du Christ, fête la plus importante du christianisme.
Le mot « Carême » tire son origine du latin carne levare, signifiant « retirer la chair », en référence à l’invitation faite aux chrétiens à « manger maigre » durant cette période en s’abstenant notamment de viande et d’œufs. Cette privation donnait d’ailleurs son nom à la fête occidentale populaire qui la précédait, le Carnaval, célébrée dans certains cantons suisses. Ces quelques jours de réjouissance et d’excès où liesse, exultation et agapes sont au programme renversent l’ordre établi et suspendent temporairement les règles sociales usuelles. Le Carême débute débute par ailleurs au lendemain du Mardi gras.
Quant au chiffre quarante ? Il n’est pas anodin puisqu’il évoque le nombre de jours durant lesquels le Christ, conduit par l’Esprit, s’est retiré dans le désert et a été tenté par le diable, ou encore aux les années passées par le peuple d’Israël dans le désert entre sa sortie d’Egypte et son entrée en Terre promise. Il symbolise donc un temps de préparation nécessaire à de nouveaux commencements, une période de transformation.
Un jeûne qui se transforme : de la tradition à de nouvelles formes de renoncement
Traditionnellement, le jeûne du Carême s’inscrivait dans une démarche ascétique. Par ailleurs, la plupart des traditions religieuses intègrent des périodes de jeûne qui, associées à une forme d’ascèse, permettent de se préparer physiquement, mentalement et spirituellement à des moments particuliers, à une connexion avec un dieu, une divinité. Dans le christianisme, dès les IIe et IIIe siècles, cette pratique se rattache aux formes de renoncement adoptées dans le désert par les ascètes pour se rapprocher de Dieu. Le Concile de Nicée codifie ensuite le jeûne de Carême en 325.
Au fil des siècles, cette pratique s’est adaptée. Aujourd’hui, l’Eglise ne prescrit plus de jeûne alimentaire ou de restrictions strictes, mais invite les fidèles à observer une forme de frugalité deux jours par an, le mercredi des Cendres et le Vendredi saint. À ces dates, il est recommandé de réduire ses portions ou de supprimer un repas, dans un esprit de simplicité et de recueillement.
Cependant, comme l’explique Isabelle Jonveaux – sociologue des religions et professeure à la Faculté de théologie de l’Université de Fribourg – de nouvelles formes de jeûne émergent. À côté de la privation alimentaire classique, on observe des démarches axées sur la sobriété numérique ou consumériste. Certains choisissent ainsi de se détacher des réseaux sociaux, des achats superflus ou des excès de stimulation, dans un désir de recentrage intérieur.
De manière générale, le jeûne est perçu comme un moyen de purification du corps, de l’âme et de l’esprit. Lorsqu’il est motivé par des raisons religieuses, il vise à (re)trouver Dieu à travers le vide créé en soi et de nombreux pratiquants témoignent d’un regain d’énergie. Mais cette démarche peut aussi s’avérer exigeante et paradoxale dans une société d’abondance : se priver n’est pas facile, d’autant plus lorsque l’on vit cette démarche seul ou si l’on confronté à des environnements non propices.
En Suisse romande, un nombre croissant de jeunes choisissent de vivre le Carême. Bien qu’il n’existe pas de statistiques officielles, de nombreuses paroisses témoignent d’un réel regain d’intérêt pour cette pratique, encouragé à la fois par le bouche-à-oreille, le jeûne du Ramadan et par les réseaux sociaux. Si le Carême est une tradition religieuse ancienne, il est aussi, pour certains, perçu comme un défi personnel à relever. Alors, effet de mode ou un réel élan spirituel ?
Pour Isabelle Jonveaux, plusieurs motivations possibles expliquent cet intérêt. Le Carême est souvent investi comme un temps de recentrage sur soi, une manière de ralentir le rythme, de retrouver une hygiène de vie, voire de se dépasser bien qu’un certain esprit de performance puisse aussi émerger, davantage orienté vers soi-même que vers Dieu.
Un temps pour le corps, le cœur et l’âme
Malgré une diversité de motivations, la période du Carême reste, dans sa tradition chrétienne, un temps de préparation à Pâques, fait de prière, de partage et de renoncement, qu’il soit alimentaire, numérique ou consumériste. Entre recherche de sens, quête de dépassement et lien à la foi, les gens qui le pratiquent et les jeunes d’aujourd’hui y trouvent des formes renouvelées d’engagement.
Dans cette perspective, le Carême peut donc être vécu comme un chemin de transformation, une pause dans le tumulte quotidien pour retrouver l’équilibre entre le corps, le cœur et l’âme. Il nous invite à ralentir, à partager, à revenir à l’essentiel. Non pas pour se priver, mais pour suivre l’exemple du Christ et mieux se nourrir de ce qui compte vraiment :
« Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme les hypocrites : ils prennent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage ; ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent au plus secret ; ton Père qui voit au plus secret te le rendra. » (Mt 6, 16 – 18)
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