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Rencontre annuelle du réseau EcoEglise

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L’Espace Maurice Zundel (EMZ) à Lausanne a accueilli une centaine de participants, samedi 3 octobre, pour la journée annuelle du réseau œcuménique EcoEglise romand, qui fêtait ses 40 ans. Conférences et ateliers ont décliné le thème, «Possédés par ce que l’on possède?». L’occasion pour chacun de s’interroger sur sa consommation et son rapport aux objets et de réfléchir sur ce qui a du prix à ses yeux.

La journée a rassemblé les membres du réseau EcoEglise romand et de la Communauté des Eglises chrétiennes du canton de Vaud (CECCV). Une journée «née d’un pari, celui du collectif», à vivre «dans l’écoute, la bienveillance et le respect», a relevé en introduction la pasteure Marie Cénec. Une journée «pour vous inspirer et nourrir vos engagements».

Elle a commencé par deux conférences sur le thème «Des biens et des liens: quelles sources de libération?» par Michel-Maxime Egger, sociologue et écothéologien orthodoxe, auteur de plusieurs essais sur l’écospiritualité et l’écopsychologie et fondateur du Laboratoire de transition intérieure, et Sœur Svenja, théologienne luthérienne, de la communauté œcuménique de Grandchamp, près de Neuchâtel.

Le système vit en nous

Michel-Maxime Egger a éclairé les dimensions intérieures du consumérisme, puis donné des clés pour s’en libérer. «La surconsommation est une composante d’un système économique qui est devenu un mode d’être et de vivre épuisant la Terre et les êtres humains par sa démesure», a commencé le conférencier.

Alors «pourquoi la passion de consommer est-elle si tenace en nous? Pourquoi les appels à la sobriété ont-ils si peu d’effets? Parce que ce système vit en nous: nos passions et nos affects sont des constructions sociales inscrites au plus profond de notre être», ils sont «déterminés par les institutions, les rapports sociaux et économiques dans lesquels nous sommes plongés et qui vivent en nous». «Approprié à notre nature, le système colonise nos âmes et nos corps, conditionne notre cerveau dès l’enfance via le pouvoir hypnotisant des médias, de la technique, des réseaux sociaux et des algorithmes; il est devenu un modèle de comportement. Alimenté par la quête d’identité, la peur du manque et la puissance du désir, il capture et instrumentalise les ressorts existentiels et émotionnels de notre être.»

Tout désir a une dimension d’infini

Pour nous libérer de ce système ancré en nous, posons-nous des questions fondamentales: «Qui suis-je? De quoi ai-je peur? Quel est mon désir?». Et prenons conscience qu’«une partie des déséquilibres écologiques manifestent des désordres intérieurs de l’être humain. Gérer la création, c’est d’abord gérer sa terre intérieure – ses passions égoïstes, ses pulsions. Car nous sommes des êtres de désir, et ce désir porte en lui une force créatrice, un élan de vie. Au tréfonds de notre être, il y a une formidable puissance de désir source de nos aspirations les plus essentielles – connaissance, beauté, bonheur, liberté, justice, …  –, des réalités non marchandes».

«Derrière tout désir, a poursuivi le conférencier, il y a une dimension d’infini: un désir plus grand, reflet du désir de Dieu pour l’homme et du désir de l’homme pour Dieu» que ne peuvent satisfaire que des réalités du même ordre. Ainsi, «vouloir satisfaire nos désirs par des biens et des agréments psychiques et affectifs – de l’ordre de l’avoir et du paraître – est une illusion. Et le système consumériste repose sur cette illusion. Il conditionne nos désirs, les dégrade en envies et nous fait entrer dans une logique addictive, la consommation recréant en permanence le vide qu’elle prétend combler». Attention à ne pas confondre désir et envie! Le premier libère et fait vivre dans la vérité et le don; la seconde vise la possession dans la conquête et l’illusion.

Sortir du système

Puis Michel-Maxime Egger a dessiné quelques pistes pour sortir du système: «Face aux injonctions du marché, nous sommes des êtres de conscience, de volonté et de liberté; créés à l’image de Dieu, nous sommes capables de changer et de nous dépasser». Nous pouvons vivre notre existence comme un don et lui donner sens, prendre soin et nous relier aux autres. Nous sommes appelés «à opérer un travail de conscience et à nous ouvrir à l’Esprit, à conjuguer notre volonté et la grâce de Dieu».

Il s’agit de réorienter la puissance du désir. Pour y parvenir, des outils existent, que le conférencier a énumérés: pratiquer le jeûne, la prière et la méditation; retourner au cœur profond, lieu de l’unité de l’être, «où se font les choix fondamentaux, où se réalise la communion avec Dieu»; redéfinir notre idéal d’accomplissement: qu’est-ce pour moi que le bonheur?; discerner besoins essentiels et besoins superflus; retrouver le sens de la limite, réguler l’usage de la création pour une relation juste avec elle fondée sur la gratitude, la coopération et le respect; se recentrer sur les relations et le souci du bien commun.

Une sobriété joyeuse

Nous sommes invités à «vivre une sobriété joyeuse, seule alternative crédible à la surconsommation», une sobriété libératrice, a affirmé Michel-Maxime Egger. Elle est, dit l’encyclique de François «Laudato si’», «un style de vie prophétique et contemplatif (…). La spiritualité chrétienne propose une croissance par la sobriété, et une capacité de jouir avec peu».

«Pas de sobriété sans justice sociale», a poursuivi le conférencier. En d’autres termes, sans «marcher légèrement sur la Terre, limiter notre empreinte écologique et nos appétits pour accorder aux autres et à la création un espace où vivre et se développer». Et pas de sobriété sans gratitude: il s’agit de se réjouir de ce que l’on a, de «recréer un vide dans nos vies pour autre chose».

En conclusion, Michel-Maxime Egger a exhorté chacun à ne pas séparer travail sur soi et dimension collective du désir: «La critique du système doit toujours aller de pair avec le questionnement de soi».

Un chemin de libération

Une sobriété joyeuse: c’est bien ce que Sœur Svenja tente de vivre au quotidien et qu’elle a partagé dans son exposé. Cette sobriété suppose de faire de la place et d’aller vers la simplification. Pas facile! Qu’il s’agisse d’un moulin à café de sa grand-mère, de livres ou de musique, pour s’en détacher et les donner, Sœur Svenja a dû parcourir un chemin de libération qui lui a révélé qu’«un objet, un bien, peut être porteur de liens». Il s’agit de «discerner ce qu’il représente pour nous, quelle relation il porte et quelle place il peut avoir dans notre vie». Car tout objet a une histoire, il nous relie souvent à une personne proche ou disparue et nous permet d’habiter une relation.

Le donner, c’est lâcher quelque chose de notre propre histoire, et cela demande du temps. Renoncer ne se fait pas du jour au lendemain: pour que nous puissions donner, il faut que notre regard sur notre propre vie change. Ainsi, «ce geste est un aboutissement, le fruit d’un chemin parcouru», et «Dieu travaille avec le temps». «J’ai découvert peu à peu que ce n’était pas l’objet qui garantissait le lien. Je pouvais le laisser partir sans laisser partir la relation. Cette expérience m’a appris que certains objets ont besoin de poursuivre leur chemin ailleurs», a confié Sœur Svenja.

Le «mon» souvent tenace devient alors un «notre»: «Quelque chose peut rester important pour moi sans avoir besoin de n’être qu’à moi». Se met en place une dynamique de la confiance: «Je n’ai pas besoin de m’agripper, car la peur du manque, je la traverse avec la confiance que je ne serai pas privée de l’essentiel. Quelqu’un d’autre veille et prendra soin de moi».

Une logique de circulation

«Je sors peu à peu d’une logique de possession pour entrer dans une logique de relation et de circulation», une sobriété joyeuse, a relevé Sœur Svenja. La sobriété joyeuse, «c’est suivre le Christ pauvre» dont «la richesse est dans sa relation au Père et dans ses rencontres. Il se recevait de son Père et il se donnait aux autres. Toute sa vie était circulation, don, interdépendance». Plus qu’une réduction de la consommation, la sobriété est donc une simplification qui «laisse de la place: aux autres, à ce qui n’était pas prévu, à celle qui viendra après moi». Elle est aussi un échange de dons qui enrichit!

En communauté, Sœur Svenja partage aussi les biens spirituels: «C’est un combat intérieur discret qui recommence chaque jour» pour être vraie, donc libre. «Qu’est-ce que je cherche à travers ce que je possède? Une sécurité? Une identité? De la joie?» Au bout du don, «il n’y a pas un vide, mais la liberté de ne plus avoir peur». Ainsi, la mise en commun des bien totale pratiquée à Grandchamp est «une invitation à la confiance. (…) Il y a là quelque chose du renversement propre au Royaume de Dieu: ce que je pensais être une perte peut devenir une expérience de liberté». «L’esprit de liberté, de simplicité», c’est aussi «apprendre à recevoir ce qui est là. Recevoir ce jour comme un don avec ce qu’il porte de beau, de difficile, d’inattendu. (…) L’aujourd’hui est un appel à une paisible confiance face à ce que je ne connais pas encore».

Trois sources de libération

En conclusion, Sœur Svenja a identifié trois sources de libération: le temps, les autres, ce qui est reçu. Le temps, car «la libération n’est pas une décision. C’est un chemin»; les autres: «Avec mes sœurs, j’apprends à partager, à laisser de la place»; ce qui est reçu parce que «nous dépendons les uns des autres». «Et si le véritable bien était le lien?», s’est-elle interrogée. Car «ce que je garde vraiment, c’est ce que je peux partager».

La table ronde qui a suivi a réuni les conférenciers autour de trois questions: comment être des influenceurs de la sobriété heureuse? Comment sensibiliser nos Eglises aux questions écologiques? A quoi ressemblerait une société favorisant l’accomplissement de l’être? Plusieurs éléments en sont ressortis: l’importance de l’écoute, ne pas séparer l’individuel du collectif, laisser agir en nous la puissance de l’Esprit, témoigner et parler en Christ, laisser de la place pour la beauté et l’émerveillement, faire émerger collectivement de nouvelles formes de la transition écologique, prendre soin de la relation pour qu’en elle puisse émerger un Tu divin.

Tout au long de la journée, des stands présentaient des initiatives écologiques et solidaires. L’après-midi, des ateliers étaient proposés aux participants sur divers thèmes: la pensée de Maurice Zundel peut-elle contribuer à la sauvegarde de la création?, partage d’expériences; les théologèmes de la bonne nouvelle de la Création; écriture poétique; organiser un Repair café dans sa paroisse; des résistances à la résilience: un chemin de transformation; vers la sobriété joyeuse.

La journée s’est terminée par un apéritif festif pour les 40 ans d’EcoEglise et la célébration œcuménique du soin de la création de la CECCV à la cathédrale. Une célébration méditative et musicale avec Laudine Dard à la harpe et Patrick Peikert à la contrebasse.

GdSC

Crédit photo : Maude Comte

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