À chaque étape de la vie
À chaque étape de la vie
À tous les âges
Magazines
Aumôneries
Suivre une formation
Suivre une formation
Approfondir sa vie spirituelle
À chaque étape de la vie
À chaque étape de la vie
À tous les âges
Magazines
Aumôneries
Suivre une formation
Suivre une formation
Approfondir sa vie spirituelle

Parue dans la feuille dominicale de la paroisse du Sacré Coeur en janvier 1960.
Dans toute catastrophe, ce qui nous émeut le plus profondément, c'est moins la mort des victimes que la soudaineté avec laquelle elles ont été jetées dans un état définitif au milieu des occupations banales de leur vie quotidienne dont elles prévoyaient la séquence habituelle: « Nous irons au cinéma et, après, au café du Commerce, puis demain, nous rejoindrons des amis. » Et il n'y a pas eu d'après. L'après a été cadavres que l'on a eu tant de peine à retrouver et à identifier. C'est cette rupture qui nous bouleverse, cet arrachement brutal, cette absence de logique, si l'on peut dire, dans le rapport de cette issue fatale avec l'emploi du temps qui l'a immédiatement précédée. La mort n'a pu mûrir comme un événement vers lequel on s'achemine, en se détachant peu à peu des engagements dont on sait que les jours sont comptés. La mort s'est trouvée là, sans être attendue, et ce sont les mêmes gens qui allaient au cinéma ou au café du Commerce qui le même soir étaient couchés, à la morgue, ou sur une place, dans cet alignement solennel dont le spectacle nous déchire.
Et leur destin est si semblable au nôtre, et leur vie si pareille à la nôtre, que nous ne pouvons nous empêcher de nous mettre à leur place et de nous dire: s'ils avaient su, s'ils avaient pu prévoir que ce serait ce soir-là, comment auraient-ils vécu la journée qui devait se terminer dans ce désastre, et le jour d'avant, et le mois précédent et l'année qui devait être la dernière ?
Est-ce à dire qu'il faut essayer d'imaginer une catastrophe et, pour bien vivre, ne pas cesser de regarder la mort? Aucunement. La seule leçon à retenir, c'est de ne pas compter sur cet après qui n'arrivera jamais que sous la forme d'un maintenant, que nous laisserons de nouveau passer en attendant un nouvel après, si nous ne nous décidons pas à éterniser l'instant.
Ce qui est redoutable, en effet, ce n'est pas de mourir, mais de ne pas vivre, de dévaloriser la vie en s'occupant à des riens et d'être surpris par la mort avant d'avoir accompli quoi que ce soit.
L'éternité à laquelle l'Évangile veut nous conduire, aussi bien, n'est pas quelque chose qui se situe après la mort et qui nous tombera dessus quand nous aurons rendu le dernier soupir. L'éternité, c'est ce que nous avons à devenir dans « le bel aujourd'hui de Dieu », pour vaincre la mort en en faisant encore un acte de vie.
Si nous vivons chaque seconde en plénitude en nous y offrant tout entiers, comme Jésus à Nazareth, comme Thérèse à Lisieux, nous n'aurons pas à craindre et à éprouver cette opposition déchirante entre la vie et la mort qui nous les fait manquer toutes les deux. La grandeur du christianisme, c'est justement d'attribuer au moindre geste une valeur infinie comme au travail du charpentier dont le Seigneur s'est contenté, pourvu qu'il s'accomplisse sous le regard de Dieu et dans son Amour. Et la mort n'a plus rien de terrible quand la vie n'a pas cessé d'être une rencontre avec Dieu.
Si nous pouvions franchir avec cette conviction le seuil de la nouvelle année, elle serait vraiment neuve, puisque nous nous attacherions de toutes nos forces à valoriser la vie, à lui donner toute sa grandeur et toute sa beauté, en éternisant l'instant.
Partager sur :