La preuve est que ce jeune homme aux vertus admirables attire sur lui l’attention et le regard aimant de Jésus, "Posant son regard sur lui, Jésus se mit à l’aimer" (évangile).
Mais la vie éternelle ne peut être comparée au cadeau que les parents offrent à leur fiston qui a eu une bonne note à l’école. Le jeune homme sans nom, qui pourrait être chacun de nous, est en quête de sens, il veut gagner le ciel, il ne veut pas prendre des risques pour culbuter du mauvais côté.
Il veut à tout prix avoir un truc pour être sûr de ne pas se tromper. Ses vertus admirables constituent-elles une garantie ? Tout en posant sur lui un regard d’amour, Jésus, en bon médecin, touche le lieu même où ça bloque et ça coince.
Mon ami, ce n’est pas mal ce que tu fais mais le chemin est encore long, semble lui dire Jésus : tu as plus confiance en ton portemonnaie de sécurité qu’en Moi. "Là où est ton trésor, là sera ton coeur". La vie éternelle n’est pas un certificat, c’est un chantier qui se construit jour après jour. Et pour mieux s’attacher au Christ, il faut se détacher des bagages (intérieurs et extérieurs) encombrants.
Qui veut s’envoler et prendre de l’altitude en toute sécurité sait bien qu’il faut éviter l’excédent de bagages. Si tu penses t’en sortir tout seul jusqu’à arracher (mériter) le ciel, alors tu n’as pas besoin d’un Sauveur. "Mais alors, qui peut être sauvé ?". Une seule chose te manque : Nous oublions que la valeur d’une personne ne dépend pas de ce qu’elle a mais de ce qu’elle est.
Déformés par la société, nous sommes collés aux biens. En cédant dans nos vies la place du Créateur aux créatures, nous inversons l’échelle des valeurs. Pire encore, les outils (comptes, propriétés) deviennent un objectif essentiel au risque de gagner des richesses et manquer le centuple (bonheur). Seigneur, je suis prêt à dialoguer, à te suivre mais ne touche pas à ça ! (mes économies, mon pouvoir, ma gloire, ma santé, etc.).
Ne touche pas à tous mes trésors que je crois, à tort, avoir acquis tout seul. Seigneur je suis en ordre avec les commandements, mon casier judiciaire est vierge, ma droiture est d’une notoriété publique ; tu ne vas pas m’en rajouter un onzième commandement pour me faire louper la vie éternelle. "Va, vends, donne aux pauvres, viens et suis-moi".
Que c’est dur ! Eh oui, la parole de Jésus est une parole à double tranchant (2ème lecture) qui explore nos limites et mets à nu nos hypocrisies pour mieux nous faire prendre conscience de nos responsabilités. Le jeune homme est allé tout joyeux vers Jésus en courant et il est reparti assombri et tout triste, "car il avait de grands biens".
Seigneur, dépouille-nous de nos idoles et viens habiter nos coe urs. Que nos célébrations nous fassent vivre une démarche authentique afin que même ceux qui viennent tristes puissent repartir tout joyeux grâce à ton regard et à l’amitié chaleureuse de toute l’assemblée, car "pour Dieu, tout est possible".
Bon dimanche.
L’Abbé Rudacogora Emmanuel
