"Celui qui veut être le premier sera le serviteur de tous, celui qui veut devenir grand sera votre serviteur". Ces paroles nous déconcertent, Seigneur, tes paroles nous dérangent.
Notre société nous dit qu’il faut être le premier, le plus riche, le champion, le plus fort, le plus intelligent, le plus beau, c’est la loi de la compétition aux accents guerriers : il faut se battre, neutraliser, écraser ; mais Seigneur, tu nous demandes le contraire ?
Pourquoi le pouvoir est-il si attachant ? On se sent exister quand on a un pouvoir et une responsabilité et pour cela il faut revendiquer les honneurs, les traitements de faveur, l’ambition, la soif de dominer, et peser de tout son poids. La course aux avantages de la première place ne cesse de hanter notre pauvre humanité. Qui veut être le dernier ? Pas moi en tout cas ! Apprends-moi alors Seigneur à être le premier autrement. Par l’instinct humain : j’aimerai être servi plutôt que de servir.
"Que voudriez-vous que je fasse pour vous ?" Et si notre prière inconsciente était : Notre Père qui est aux cieux, que "ma" volonté soit faite au moins sur terre, quant au ciel on verra plus tard. Pitié Seigneur ! Oh Seigneur, si nous pouvions tous devenir des serviteurs sans autre pouvoir que celui d’aimer, de partager la foi et l’espérance, tous alors, catéchistes, présidents et conseils des communautés, conseils des paroisses, équipe pastorale, personnel de la cure, animateurs de la liturgie et responsables des groupements, coordinateurs (trices), formateurs (trices), prêtres et diacres, tous au service de Dieu et du prochain.
Comme il est plus facile de râler que d’accueillir, de critiquer que d’aider, pourtant notre mission est claire : il s’agit d’aimer, d’accueillir, de servir, d’orienter. Ceux qui frappent à la porte de nos Eglises et de nos bureaux ont besoin d’amitié, de réconfort et d’écoute, sommes-nous attentifs et disponibles ?
"Les chefs, les grands de ce monde font sentir leur pouvoir". Mais ils ont raison, ils doivent maximiser les recettes et présenter un bilan positif. Ils sont préoccupés par la productivité mais dans l’Eglise nous sommes intéressés par la fécondité. "Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi". (Évangile).
Servir, est-ce pour toi une joie ou une corvée ? Autrement, dans quel esprit devons-nous servir ? Nous ne serons jamais utiles pour le Seigneur si nous cultivons un esprit de supériorité et d’arrogance envers ce que nous voulons servir.
"Ne faites rien par esprit de rivalité ou par désir inutile de briller, mais soyez humbles les uns à l’égard des autres et que chacun considère les autres comme supérieurs à lui-même. Que personne ne cherche son propre intérêt, mais pensez chacun à celui des autres. Ayez entre vous des sentiments qui viennent de Jésus-Christ" (Ph 2, 35).
Deux dangers nous guettent : celui d’être des chrétiens sans service ou alors celui d’être de mauvais serviteurs. Seigneur, fortifie-nous et renouvelle en nous ton esprit de service. Donne-nous assez de sagesse pour passer de nous à Toi. Oui, apprends-nous à reconnaître que tu es glorifié plus par ce que Tu fais en nous que par ce que nous faisons pour Toi. Apprends-nous à entrer dans l’avenir non pas à reculons comme des nostalgiques mais comme dans un avenir où Tu nous attends. "Que ton amour, Seigneur, soit sur nous, comme notre espoir est en toi" (psaume du jour).
Bon dimanche.
L’Abbé Rudacogora Emmanuel
