A l’automne 2011, j’ai entamé ma 6ème année de ministère auprès des mineurs placés (jeunes de 12 à 18 ans) au Centre Pour Adolescents (CPA) de la commune de Lausanne, situé dans le quartier de Valmont. Il s’agit d’une aumônerie œcuménique ; cependant, chaque semaine, elle devient inter-religieuse, car nous approchons tous les jeunes présents, sans distinction d’appartenance, d’origine ou de religion. Je suis l’aumônier catholique qui visite les garçons et ma collègue réformée rencontre les filles.
Un manque de reconnaissance qui conduit à la survie Ce ministère auprès des jeunes placés me permet d’approcher, de me familiariser, d’appréhender les multiples souffrances et difficultés rencontrées et vécues par une frange de cette population. Dans une société où la priorité et la première place sont dévolues aux choix mercantiles du rendement et de la productivité, une partie de la population jeune paie actuellement un lourd tribut à ces choix ; ces jeunes proviennent de toutes classes et origines confondues, même si les plus défavorisés (les étrangers, les sans-papiers, les Roms… etc.) sont les plus représentés.
Les jeunes rencontrés au CPA de Valmont sont, dans la majorité des cas, des êtres en déficit d’éléments indispensables à la construction identitaire, à la croissance de l’être, tant affective qu’intellectuelle ou encore psychique. Ces êtres subissent, quelquefois depuis des années, des "agressions" de tous ordres, agressions se révélant insurmontables, sans aide, durant cette période de l’adolescence : 12 – 18 ans !
Nous visitons chaque semaine les jeunes, avec leur accord. Les entretiens sont individuels, l’espace qui leur est proposé est confidentiel et absent de tout éducateur
Une spiritualité qui peut-être sera chemin de conversion ? Durant cette période de leur existence, la religion n’est pas une priorité ; la formation, la musique, le sport, la sexualité, la mode… sont autant d’éléments qui l’emportent sur la religion. Pourtant, lorsque nous leur offrons cet espace d’écoute et d’attention, de respect et d’accueil inconditionnels, alors ils s’ouvrent et fréquemment témoignent d’une spiritualité, certes élémentaire, mais oh combien vraie et profonde. Cette spiritualité leur révèle tout le non-sens de leurs comportements et le mal qu’ils s’infligent par leurs actes ; dans le même temps, ils reconnaissent être contraints de lutter contre leurs "agresseurs" (tous confondus), c’est la seule solution qu’ils ont trouvée …pour continuer à vivre !
Quelques outils… Une fois par mois, avec ma collègue, nous co-animons une soirée. En partant d’un thème intéressant la jeunesse ou lié à l’actualité liturgique (Noël, Pâques, Ramadan…), les jeunes sont invités à se poser quelques questions sur le sens de la vie ; souvent à l’aide d’un jeu, quelquefois par un jeu de rôle, nous tentons de leur apporter quelques "outils" facilitant réflexion et prise de décisions sur leur chemin de vie...
L’essentiel de mon ministère auprès des mineurs placés Révéler au jeune cette présence bienveillante et pétrie d’Amour, cette parcelle de divinité qui brille en lui, lueur faible, mais présence réelle ; l’accompagner et l’encourager à tendre vers un idéal de croissance humaine et spirituelle.
Enfin, l’inviter à accueillir l’accompagnement s’offrant à lui, sans contrainte mais avec bienveillance, ici et maintenant, et également à sa sortie, au travers des collègues et des offres à disposition (pastorale de rue, groupe de jeunes, pastorale jeunesse… etc.).
Charly Jaquier
