« Regardez les enfants : Je coûte 1,60 franc ! » J’ai collé le prix des yoghourts sur ma joue. « Pas vrai, papa, s’offusque l’une de mes petites filles. Tu vaux plus que tout l’univers ! »
C’est si vrai… pour chacune, pour chacun ! Une telle certitude que, selon un récent sondage, une part croissante des personnes qui ne croient pas en Dieu auraient pourtant foi dans des notions comme l’enfer, le purgatoire, les limbes ! Une part de nous-mêmes veut donc que nous échappions aux lois de la nature, et à la mort. Une part inaliénable, même lorsque la vie bascule dans l’invisible. Quelque chose qui vaut plus que cet univers, qui défie la matière. Pourquoi sinon aurais-je plus de droits que la feuille d’automne, qui se détache et s’envole, ces jours, et finira pourriture ?
Pourtant, la révolte crie chaque fois qu’un enfant meurt. Une blessure profonde au cœur, chaque fois que part un proche, fût-il âgé. Quelque chose en nous ne peut donner raison à la mort. Quelque chose qui dit notre dimension spirituelle, l’unité de l’ici et de l’après, de l’au-dedans et de l’au-delà. Un seul monde des vivants, séparé par un voile qui nous en cache une part. Un seul univers, visible et invisible, dit le Credo des chrétiens.
« Pourquoi dit-on naître, vivre, mourir ; pourquoi diviser l’espérance ? » écrivait J. Debruynne. Que la Toussaint prochaine soit le chant de cette espérance : la Vie est Une et la mort crie la déchirure qui libère notre regard. Quel que soit le temps, ou l’au-delà du temps, seule importe alors cette question : Sommes-nous, vraiment, déjà, vivants ?
FRANCOIS ROUILLER, AUMÔNIER AU CHUV ET FORMATEUR D’ADULTES
