Quatre paroisses réformées et catholiques de Lausanne, dont celle de St-Joseph au quartier Prélaz et du St-Esprit au chemin du Boisy à Lausanne, ont ouvert successivement un refuge du 20 octobre 2010 au 3 février 2011. Quatre requérants d’asile déboutés y ont été reçus, tant qu’existaient encore des voies de recours pour rester en Suisse. Deux d’entre eux ont ainsi pu faire reconsidérer leur dossier, avec de surcroît, un effet suspensif.
Cet accueil dans le refuge des Eglises a pris fin dans des circonstances délicates, en raison de perspectives différentes entre les autorités des deux Eglises et des membres de la Coordination Asile Migration Vaud regroupés au sein du Collectif « Droit de rester pour toutes et tous ».
Après la période de réexamen administrative et politique des dossiers des 523 requérants déboutés entre 2004 et 2006, puis des votations démocratiques sur les révisions des lois sur l’asile et les étrangers, le Conseil de l’Eglise catholique dans le canton de Vaud et le Conseil synodal de l’Eglise Evangélique Réformée du canton de Vaud ont redéfini leur engagement. Ils ont défini de nouvelles orientations dans le domaine de l’asile, en particulier à l’occasion de l’ouverture d’un refuge.
Respect de votes démocratiques
Bien que les Eglises se sont impliquées contre ces révisions durant la campagne, elles ont dû prendre acte des résultats démocratiques. Le Conseil de l’Eglise catholique s’est alors engagé à être vigilant quant à l’application de ces lois et à leurs conséquences pour les personnes. La présence pastorale œcuménique par les aumôniers au Centre d’enregistrement et de Procédure (CEP) à Vallorbe, par les médiateurs du Point d’Appui des Eglises à Lausanne, par des groupes de bénévoles et d’agents pastoraux a continué et s’est même intensifiée Et des Cercles de silence ont eu lieu depuis 2008 dans plusieurs villes avec un travail d’information et de sensibilisation.
Avant l’ouverture du refuge à des demandeurs d’asile déboutés, les autorités des deux Eglises ont déterminé le sens de cet accueil en paroisse ainsi que le cadre juridique et pratique dans lequel le réaliser. Ella a défini des points de repères pour l’entrée en refuge, établi sa finalité et a posé des règles d’organisation. Ils ont été regroupés dans un vade mecum (disponible maintenant sur www.cath-vd.ch/Refuge-un-gui...
Voir les dossiers des personnes accueillies
Avant tout, l’option est de rencontrer la ou les personnes migrantes qui veulent entrer en refuge. C’est le rôle d’une commission « Refuge œcuménique ». Elle doit le mieux possible prendre connaissance de la situation des personnes, des risques encourus et des voies possibles pour arriver à ce que la situation puisse encore être réexaminée ou reconsidérée. Elle informe aussi que le refuge est un répit momentané, pas facile à vivre, qu’aucune garantie ne peut être donnée. Puis elle donne un préavis à une délégation de deux conseils d’Eglise qui prend des décisions.
Lors des changements de paroisse et suivant l’évolution des situations et dossiers, une nouvelle appréciation est faite pour chaque personne. Ainsi, après déjà un long séjour à la paroisse catholique du St-Esprit, faute de relais réformés immédiatement disponibles, la délégation, puis les Conseils d’Eglise ont décidé que pour l’un des deux requérants, les critères n’étaient plus remplis pour demeurer en refuge. Pour le second, au vu d’évènements nouveaux, les Conseils sont revenus sur leur décision d’arrêt. Ils ont proposé au migrant et au Collectif de soutien qui l’accompagnait d’aller à la paroisse réformée de Morges.
Divergences
Le Collectif n’a pas accepté cette proposition en raison des critères définis ci-dessus, d’aspects pratiques et de divergences sur le but du refuge. Pour ce Collectif, le refuge devait servir aussi à d’autres fins : donner une information publique large et mobiliser l’opinion lausannoise et vaudoise d’une part, offrir une permanence pour les requérants d’autre part.
Le Conseil de l’Eglise est conscient que des personnes, voire des groupes qui ont des Non-entrées en matière (NEM) ou qui sont déboutés de la procédure d’asile, vivent dans des conditions certes légales, mais très difficiles depuis le passage à l’aide d’urgence au 1er avril 2004 et au 1er janvier 2008. La mise en œuvre du système Dublin crée aussi des situations dramatiques. Il appartient alors aux citoyens et aux différents acteurs et instances de la vie politique et démocratique de s’informer, de débattre, de décider, de modifier les pratiques administratives et juridiques, voire de revoir le cadre législatif.
Le Conseil de l’Eglise n’a pas voulu et ne veut pas que la situation de migrants en précarité, le refuge, les locaux paroissiaux soient, en plus d’un accueil humanitaire provisoire au nom de l’Evangile, un espace, un temps et un moyen de lutte politique.
Remerciements
Il tient à exprimer encore sa profonde reconnaissance à toutes les personnes qui ont accepté de se laisser bousculer par la demande d’accueillir un refuge et en particulier à celles des paroisses de St-Joseph et du St-Esprit, qui se sont impliquées au quotidien durant les séjours des requérants et du collectif.
L’actualité nous démontre que la vie de milliers, voire de millions de personnes demeurent très fragiles et que les flux migratoires vont se poursuivre. Chacun à son niveau est appelé à prendre sa part de responsabilité face à ces immenses défis.
