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Abus sexuels
Premier bilan de la commission sur les abus sexuels du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg
La commission "SOS Prévention" constituée par l’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg pour gérer les affaires de pédophilie dans le diocèse a tiré un premier bilan. Depuis sa création, elle a été saisie de 28 situations en l’espace de neuf mois.
Fribourg, 7 novembre 2008 (Apic/Réd.)

"Des personnes sont venues dire ce qu’elles avaient caché parfois depuis plus de 40 ans", a expliqué l’ancienne juge d’instruction Françoise Morvant, présidente de cette commission formée par Mgr Bernard Genoud, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg. Ajoutant : "Le diocèse n’avait jamais imaginé qu’il y ait autant de cas d’abus sexuels". Sur les nombreux témoignages auditionnés par la commission, une dizaine provenaient de personnes qui ont été aiguillées chez elle par Mgr Genoud lui-même.

Drames très anciens

Encore davantage que l’ampleur du phénomène, c’est l’ancienneté des affaires qui a le plus étonné les membres de la commission. Sur les 28 situations qui ont été signalées, dont 24 relevaient de la compétence de la commission, presque toutes sont maintenant prescrites et plusieurs auteurs présumés des abus sont déjà décédés. Seuls deux cas, récemment signalés à la commission SOS Prévention, ne sont pas atteints par la prescription. L’un concerne un éventuel "manquement aux devoirs ecclésiastiques" et l’autre, transmis de seconde main, n’est pas encore très clair.

Cependant, deux cas prescrits ont été tout de même transmis à la justice, du fait que leurs auteurs sont actuellement sous le coup d’une accusation pour une affaire plus récente. Il s’agit du capucin qui a reconnu récemment avoir abusé de 22 garçons entre 1958 et 1995, et d’un prêtre qui a œuvré dans le canton de Neuchâtel.

Dieu n’est pas au dessus des lois

En constatant que pratiquement tous les cas signalés datent de plusieurs décennies, que dire de la politique adoptée autrefois par l’Eglise catholique en matière de gestion des abus sexuels ? "Le problème est le même dans la société civile. On voulait éviter le scandale pour protéger la victime, et aussi les institutions. C’est plus tard, vers le début des années 90 que l’on a pris conscience qu’il fallait crever l’abcès", a affirmé le Père dominicain Benoît-Dominique de La Soujeole, professeur de théologie à l’Université de Fribourg et ancien doyen des juges d’instruction à Tarascon en France.

"Lorsque l’on sait qu’une fille sur cinq et un garçon sur dix à vingt a subi une fois un abus sexuel (acte, geste, attouchement, …), on se rend compte que le phénomène ne concerne pas que l’Eglise catholique", a précisé le docteur Michel Schmidt, médecin psychiatre, qui fustige au passage le principe longtemps appliqué dans l’Eglise consistant à déplacer simplement un prêtre lorsqu’une accusation était portée contre lui. "Il n’est plus possible d’agir ainsi. Dieu n’est pas au dessus des lois. Le déplacement ne résout pas les problèmes."

Eviter les répétions d’abus

La prévention des abus sexuel est, comme le nom de la commission l’indique, son principal objectif. "Lorsqu’une affaire nous est révélée, nous cherchons d’abord à voir ce qui n’a pas fonctionné et ce qui aurait dû être mis en place. Ceci en vue d’éviter les répétitions d’abus par le même auteur", a expliqué l’avocat Jacques Meyer, vice-président de la commission.

Une première mesure à envisager est la mise en place d’une prévention générale auprès des membres du clergé. La commission va également chercher à améliorer la communication entre responsables ecclésiaux. "L’Eglise a péché par manque de suivi. Des prêtres coupables étaient déplacés sans que leurs nouveaux responsables soient avertis de leurs méfaits", a ajouté Me Meyer, pour qui "il peut arriver qu’un cas se produise, mais il ne devrait pas se répéter".

D’autres scandales ?

Les investigations entreprises par la commission ont-elles permis de mettre à jour tous les cas, ou se peut-il qu’il reste des cadavres dans le placard ? "Rien n’est jamais exclu, surtout si l’on considère l’ancienneté des affaires qui nous ont été révélées", a affirmé Françoise Morvant. En découvrant les activités de SOS prévention, d’autres personnes trouveront-elles peut-être le courage d’exprimer des souffrances qu’elles ont enfoui en elles durant des années, voire des décennies. C’est en tous cas un des buts poursuivis par la commission en présentant un premier bilan après neuf mois de fonctionnement.

Cinq membres nommés pour deux ans

Présidée par l’ancienne juge d’instruction Françoise Morvant, la commission a été constituée le 1er février 2008 par Mgr Bernard Genoud. Ses membres sont nommés pour un mandat de deux ans. Le vice-président est l’avocat Jacques Meyer. Les autres membres sont l’ancienne juge d’instruction Franziska Bolliger (de langue allemande), le médecin psychiatre Michel Schmidt, et le dominicain Benoît-Dominique de La Soujeole, qui a remplacé en cours de mandat l’abbé André Vienny. Ce dernier, en tant que prêtre diocésain, était trop impliqué en pastorale et connaissait trop le clergé local pour pouvoir agir en toute indépendance, a expliqué Françoise Morvant.

Les cinq tâches de la commission

1. Recueillir les informations que peuvent donner toutes personnes sur des abus commis dans le cadre de la pastorale par des ministres du culte, clercs ou laïcs. 2. Informer régulièrement l’évêque et lui donner un avis chaque fois que, en raison de la nature et de la gravité des faits (notamment réitération, âge et état de la victime), il y aurait un risque à ne pas intervenir. 3. Avertit directement les autorités étatiques, sans passer par l’évêque, lorsque la commission estime, à l’unanimité et sans hésitation, qu’en raison de la nature et de la gravité des faits, la saisine immédiate de la justice pénale est indispensable. 4. Proposer à l’évêque toutes mesures utiles de prévention. 5. Conseiller l’évêque en matière d’indemnisation des victimes.

Raconter un passé parfois très douloureux

La commission SOS prévention se veut "un nouveau lieu pour s’exprimer et raconter un passé souvent très douloureux, parfois après des décennies de silence". "Et la commission est vraiment ce qu’elle voulait être", a lancé Françoise Morvant. Elle entend contribuer à la justice en informant, avec l’accord exprès des victimes présumées, les autorités de poursuite pénale que ces personnes possèdent des informations susceptibles de les intéresser.

La commission considère comme un abus dont elle peut être saisi tout acte tombant sous le coup de la loi pénale ou de la directive de la Conférence des évêques suisses "Abus sexuels dans le cadre de la pastorale". Cela peut donc concerner des actes directs ou d’attouchements, des harcèlements sexuels, l’exploitation d’une personne en situation de dépendance, ainsi que des gestes déplacés, des paroles ou de la transmission de matériel à caractère pornographique.

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