Ce qui se joue dans l’événement nous concerne en premier chef, mais ne nous appartient pas. Catholiques et protestants devraient-ils se regarder de travers parce que "l’oecuménisme est en crise" ? Ou s’interroger plus gravement, coeur à coeur et les yeux dans les yeux ? Ceux - ils sont nombreux - qui pouvaient penser que la ferveur oecuménique consistait, pour les protestants, à devenir catholiques, et, pour les catholiques, à devenir protestants, en seront dépités. La lettre franche de Kurt Koch à Thomas Wipf, si l’on prend soin de la lire, s’inscrit dans ce moment critique où dire ce que l’on ressent devient nécessaire à plus de vérité. Dommage pour ceux qui, négligeant de nettoyer leurs lunettes, n’y verront que provocation. Les catholiques ne sont pas tous des rhinocéros et peuvent aussi avoir la peau sensible.
Combien de fois ne m’a-t-il pas fallu, ces jours-ci, expliquer à des amis chrétiens des deux confessions, vivement heurtés par un récent document romain, que le refus du "relativisme" n’équivalait pas à la proclamation d’une autosuffisance ecclésiale ? En affirmant que "subsiste en elle" la fidélité historique au Christ, l’Eglise romaine ne refuse pas cette fidélité aux autres Eglises. Mais il n’est pas nécessaire d’être maître en théologie pour savoir que, d’un point de vue catholique, la non-reconnaissance de l’autorité de l’évêque de Rome dans la communion des Eglises (du côté des Eglises orthodoxes) et la question de la dimension sacramentelle du ministère apostolique (du côté des Eglises issues de la Réforme) constitue une difficulté pour reconnaître, dans les autres confessions, la plénitude des caractères qu’elle croit nécessaires et fondamentaux à l’Eglise du Christ. Sinon, il y a longtemps que l’unité serait un fait entre toutes les Eglises qui confessent Jésus Christ.
Je n’ai pas caché, quant à moi, combien je considérais pastoralement maladroite et non nécessaire, sous nos ciels gris, la publication d’un tel document. Mais avoir foi au "dialogue oecuménique", c’est aussi admettre qu’après avoir exploré tout ce que nos Eglises ont en commun, le moment est peut-être venu maintenant d’examiner avec un regard neuf nos divergences : pour mieux discerner en quoi elles nous distinguent et nous enrichissent, sinon nous séparent.
Notre chemin oecuménique ne peut être parcouru sans la rencontre de ce que Paul Tillich appelle "le principe protestant" et "la substance catholique", le premier étant la force de protestation qui refuse d’identifier un élément quelconque de la réalité humaine ou historique avec Dieu, et la seconde, l’affirmation non moins provocante de la Présence de Dieu en ce qui peut paraître bien trop humain : des sacrements, des textes et une institution. Et ces deux registres, si facilement déviants, sont nécessaires à la pleine expression du mystère chrétien. "
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