"Je vais vous surprendre. Et en choquer quelques-uns. Je risque de m’aliéner quelques membres de la hiérarchie vaticane. Mais j’avoue, avec tout l’amour que j’ai de l’Église catholique à laquelle je voue ma vie, que je n’ai pas compris la décision du Cardinal Ruini, du diocèse de Rome, de priver Piergiorgio Welby de funérailles ecclésiastiques.
J’abonde bien sûr dans le sens du Pape Benoît XVI, en faveur du « respect de la vie de tout être humain, de son premier instant à son déclin naturel ». Et je crois contraire à la volonté de Dieu l’acte de suicide, puisque « dans la vie comme dans la mort, nous ne nous appartenons pas à nous-mêmes mais au Seigneur », dit saint Paul.
Cependant, dans le cas de cet Italien, il ne s’agit pas de suicide ! Mais simplement d’un acte « laissant se dérouler le cours naturel des choses ». Car depuis dix ans, cet homme souffrant de dystrophie musculaire ne vivait plus que par la grâce d’un respirateur, donc de manière complètement artificielle. Et supplier que l’appareil soit débranché ne revient pas en l’occurrence à demander le suicide, mais uniquement à pouvoir « s’endormir naturellement et tranquillement dans la mort ». Rien à voir donc avec une quelconque forme d’euthanasie active !
Certes, je puis comprendre que dans le contexte de la préparation d’une loi sur le sujet en Italie, le Cardinal romain ait voulu manifester la crainte de l’autorité ecclésiale que cette situation ne soit érigée en exemple et instrumentalisée en faveur d’une légitimation légale de l’euthanasie. Mais j’ai peur qu’au nom du scandale public à éviter auprès des fidèles, il n’ait provoqué un bien plus grand scandale encore…
Cela fait fort longtemps (depuis Pie XII) que le Magistère de l’Église catholique a établi une nette distinction entre l’acharnement thérapeutique - auquel il s’agit absolument de renoncer, car il appartient à la nature humaine créée par Dieu d’être mortelle, et l’homme n’a pas à s’ériger en maître de la vie - et l’euthanasie active ou le suicide, consistant à poser un acte qui provoque artificiellement la mort.
Il me manque certainement des éléments pour porter une appréciation en toute connaissance de cause. Toutefois je reconnais que, comme bien d’autres catholiques, je ne comprends pas. Et j’entends les paroles du cantique de Syméon dans l’évangile de Luc, qui ont résonné dans les liturgies du temps de Noël, au moment où ce vieillard voit l’Enfant Jésus apporté par Marie et Joseph au temple de Jérusalem et reconnaît en lui le Messie : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser s’en aller ton serviteur dans la paix, selon ta parole ». Laisser faire la nature n’est pas tuer."
