Mgr Bernard Genoud a révélé la mise sur pied d’une Commission diocésaine "SOS Prévention", destinée à gérer les cas d’abus sexuels commis par des prêtres. Cet organe pluridisciplinaire et indépendant aura pour tâche d’enregistrer toutes les informations arrivant à l’Evêché à propos d’éventuels abus sexuels. La Commission vérifiera ces données et établira un rapport à l’intention de l’autorité diocésaine, "qui les traitera selon les dispositions canoniques en vigueur, mais sans oublier la justice civile".
Silence expliquée par son état de santé
L’évêque a déclaré d’emblée qu’il aurait souhaité parler plus tôt, car d’aucuns lui ont fait le reproche d’être "aux abonnés absents" lors de la médiatisation des affaires de pédophilie dans son diocèse. Mais il a souligné que son état de santé s’était détérioré l’automne dernier, un cancer exigeant qu’il se soumette "à une chimiothérapie qui n’est pas sans effets secondaires".
Soutien à l’abbé Betticher
Mgr Bernard Genoud souhaitait également que la communication se fasse d’abord sur des faits concrets, et il avait chargé pour cela son tout nouvel official, l’abbé Nicolas Betticher, puisqu’il s’agissait de questions juridiques et judiciaires relevant de sa compétence. Il lui a donc demandé de répondre aux questions des médias, "dans la limite de la préservation de la sphère privée et de la présomption d’innocence".
L’évêque diocésain a reconnu qu’il fallait établir une distinction claire entre les fonctions d’official et d’attaché de presse, mais que l’abbé Betticher avait dû intervenir dans l’urgence pour faire face à la tourmente médiatique. Il l’a remercié d’avoir assumé "ce rôle délicat et souvent ingrat". Dans un avenir proche, la situation sera examinée pour savoir comment organiser au mieux ces deux fonctions.
Mea culpa
Mgr Bernard Genoud a toutefois reconnu des "manques de transparence, de clarté, de communication voire de courage qui ont pu conduire, malheureusement, à des récidives (…) Nous devons avoir le courage de l’avouer, devant tout le monde. Seule la reconnaissance de nos limites nous permet de demander pardon".
Droit canonique et justice civile
Concernant l’utilisation du droit canonique dans les procédures en cause, Mgr Bernard Genoud a estimé qu’il ne fallait pas voir là une concurrence entre deux systèmes juridiques, "mais une double approche, l’une à caractère laïc, civil, l’autre à dimension spirituelle qui ne servent qu’un bien, celui des enfants en priorité". Il a regretté que trop souvent et pendant trop longtemps, "dans les divers milieux de la société, et aussi en Eglise", la pédophilie ait fait l’objet d’un tabou. "Ses drames sont recouverts d’une chape de plomb".
L’évêque a également relevé l’importance primordiale du travail des instances civiles : "Nous ne sommes pas à même de tout gérer à l’interne (…) C’est la raison pour laquelle nous proposerons systématiquement aux victimes de se présenter à la justice civile, et au besoin, nous les accompagnerons… Cela n’enlève en rien l’obligation pour la justice canonique de faire son travail". Mais il a souhaité, comme l’abbé Betticher, un meilleur échange d’informations entre diocèses et au niveau mondial pour éviter que des prêtres pédophiles puissent se déplacer incognito d’un endroit à l’autre de la planète.
14 appels sur la ligne de téléphone
Mgr Bernard Genoud a relevé la possibilité, pour des raisons graves, de lever la prescription afin qu’une procédure canonique puisse tout de même être menée. "En cela, l’Eglise, au plan moral, ne connaît pas le principe absolu de la prescription", a-t-il confirmé. L’évêque a également précisé que l’évêché avait reçu 14 appels sur la "hotline" qu’il a mise en place. Sur l’ensemble, neuf personnes voulaient simplement parler, tandis que cinq ont demandé un rendez-vous. Mgr Genoud en a déjà reçues deux. "J’ai rappelé tout le monde, sauf une peersonne que je n’ai pu atteindre. Ce sont des souffrances qui remontent à 20 ans, voire à 50 ans, et pas nécessairement dans notre diocèse".
Prier pour les victimes
Mgr Berchier a présenté un "cheminement de pardon". Le vicaire général propose au nom de l’évêque plusieurs démarches, notamment de célébrer des messes pour les victimes de pédophiles, qu’ils soient prêtres ou non. Il demande aussi d’ouvrir des espaces de prière dans l’église mère de chaque canton où seront disposés une croix manifestant le Christ vainqueur de la mort et du mal, une reproduction de l’Enfant prodigue de Rembrandt et le texte d’une prière composée par Mgr Genoud demandant pardon aux victimes. Le jour du Vendredi Saint, l’évêque ajoutera une intention particulière pour les victimes et pour les prêtres pédophiles, et demandera officiellement pardon.
Les responsables du diocèse vont enfin réfléchir comment mettre sur pied des groupes anonymes qui pourraient accueillir des victimes et les aider à se soutenir mutuellement. De tels groupes pourraient également être mis sur pied pour les familles. Ces démarches, a-t-il conclu, sont encore à l’étape de la réflexion et nécessitent conseils, formation et professionnalisme.
