Les faits*
C’est par décret du 1er novembre 1970 que Mgr François Charrière, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg jusqu’à fin 1970, érige la Fraternité Sacerdotale Internationale Saint Pie X au titre de Pia unio, société de vie commune sans vœux, de droit diocésain, comprenant des prêtres, des frères et des religieuses. Mais d’emblée, l’incardination dans le diocèse de LGF des prêtres que Mgr Lefebvre voulait ordonner est exclue. Le 6 mai 1975, au vu des déclarations de Mgr Lefebvre, Mgr Pierre Mamie, évêque de LGF, retire l’approbation canonique donnée à la Fraternité. Pour l’Eglise, elle avait cessé d’exister.
Le 29 juin 1976, le fondateur de la Fraternité ordonne treize prêtres malgré l’avis formel du pape. La Congrégation pour les évêques le suspend a divinis le 24 juillet 1976. Il lui est par conséquent interdit d’exercer quelque fonction que ce soit découlant des ordres sacrés (célébrer la messe , administrer les sacrements, prêcher).
Dès 1979, des entretiens ont lieu entre le cardinal Ratzinger et Mgr Lefebvre. Après diverses péripéties, les deux prélats signent, le 5 mai 1988, un protocole d’accord qui devait encore recevoir l’approbation du pape. Le lendemain, 6 mai 1988, Mgr Lefebvre se rétracte. Le 30 juin 1988, il ordonne, avec le concours de Mgr de Castro Mayor, ancien évêque de Campos (Brésil), quatre évêques sans l’accord du pape Jean-Paul II. Le1er juillet 1988, la Congrégation pour les évêques déclare, c’est-à-dire constate, l’excommunication des consécrateurs et des consacrés, qui est encourue, sans prononcé constitutif, du seul fait de la consécration sans mandat pontifical, (excommunication latae sententiae, can 1382 CIC).
Le 2 juillet 1988, le pape institue la commission pontificale Ecclesia Dei dans le but de faciliter la pleine communion ecclésiale des prêtres, séminaristes et religieux de la Fraternité qui désirent rester unis au successeur de Pierre.
Par décret du 21 janvier 2009, la Congrégation pour les évêques lève les excommunications survenues en 1988. Le même jour, une chaîne suédoise de télévision diffuse une interview de Richard Williamson, un des quatre dissidents, qui nie l’holocauste des Juifs par les nazis. Le décret est publié le 24 janvier. Par note du 4 février 2009, la Secrétairerie d’Etat précise notamment que, malgré la levée des excommunications, la Fraternité ne jouit d’aucune reconnaissance canonique dans l’Eglise catholique et que les quatre évêques n’exercent licitement aucun ministère en son sein. Le 10 mars 2009, le pape écrit aux évêques de l’Eglise catholique une lettre fournissant des éclaircissements qui doivent aider à comprendre les intentions qui l’ont guidé ainsi que les organes compétents du Saint-Siège.
Aucun repentir de la part des excommmuniés
On peut tout d’abord se demander si les quatre évêques ont expressément requis la levée de la censure les frappant La volonté de rester catholiques et de mettre toutes ses forces au service de l’Eglise catholique romaine exprimée dans la lettre que Bernard Fellay a adressée au président de la Commission Ecclesia Dei le 15 décembre 2008 ne saurait être considérée comme constitutive d’une demande explicite de levée de l’excommunication. Le dépôt d’une telle requête postule en effet que le requérant admet la légitimité, l’efficacité de la sanction encourue. Or les dissidents ont bien veillé à toujours parler de "retrait", d’"annulation" , de mesure "rendue inopérante", non de levée de l’excommunication, de remise de la censure. Mais peu importe, en définitive. La condition fondamentale de la remise d’une censure, c’est que le coupable se soit vraiment repenti de son délit (can 1358 et 1347 CIC). Et l’on ne voit pas la moindre trace de repentir chez les dissidents. Le décret du 21 janvier 2009 ne fait d’ailleurs aucune allusion à cet élément pourtant fondamental. Il se fonde sur le malaise spirituel, la souffrance manifestés par les intéressés et sur la confiance du pape dans leur engagement de ne pas ménager leurs efforts pour approfondir les questions encore ouvertes. Le ton et la teneur des réactions des quatre dissidents après le décret, notamment le communiqué du Supérieur général de la Fraternité du 24 janvier 2009 - qui rappelle au passage avoir toujours contesté l’excommunication - et la lettre des quatre schismatiques au pape du 29 janvier 2009 ont le mérite de la clarté. Une petite visite des sites DICI Information Documentation Catholiques Internationales (www.dici.org) et du District de France de la Fraternité (www.laportelatine.org) lèvent tout doute à cet égard. Les dissidents ne regrettent aucunement la consécration épiscopale "sauvage" de l988. La condition fondamentale du repentir n’est pas remplie et la levée des excommunications n’est dès lors pas justifiée.
La justice au service de l’unité
Juridisme exacerbé, formalisme excessif dira-t-on face à cette analyse. Vraiment ? Au-delà du respect de normes canoniques déterminées, il ne faut pas oublier, comme le rappellent souvent les Pontifes romains depuis des décennies, que seule la Justice peut engendrer la Paix. Dans le monde en général, mais aussi dans l’Eglise. Si l’on veut rétablir l’unité, c’est-à-dire la concorde, la paix, il est nécessaire de s’abstenir de toute mesure dérogatoire, de tout passe-droit, sources de conflits, même si des considérations d’opportunité y incitent.
Le débat sur la levée des excommunications a été envahi, pollué par la diffusion, entre l’adoption du décret et la publication de celui-ci, des propos négationnistes de Richard Williamson, qui a besoin d’un médecin, selon les termes de Mgr Kurt Koch, président de la Conférence des évêques suisses. La décision romaine est d’emblée apparue comme scandaleuse, insoutenable vu les propos de ce dissident. Lorsque se pose la question d’une éventuelle levée d’une excommunication, l’examen porte sur l’attitude du fidèle concerné par rapport au fait qui a causé l’excommunication, en l’espèce la consécration épiscopale de 1988. Il ne s’agissait donc pas de déterminer si les quatre intéressés sont ou non de façon générale de "bons gaillards", mais seulement de voir s’ ils regrettent sincèrement cet acte déviant et ont réparé ou promis de réparer les dommages et le scandale ainsi causé. Il n’y a dès lors pas de lien entre des propos, évidemment inadmissibles, sur la Shoah et la décision à intervenir. Au risque de choquer, de scandaliser, je soutiens que les errements de Richard Wiliamson n’ont pas de pertinence quant à la levée des excommunications. Il est dès lors inutile de se demander si le pape savait ou ne savait pas que le personnage n’est pas recommandable.
Mais alors, en définitive, comment se fait-il qu’un intellectuel du Nord des Alpes, théologien brillantissime, qui a fait preuve d’une rigueur certaine en tant que préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi a posé un acte aussi farfelu ? Son immense souci de l’unité, élément fondamental du ministère de Pierre, est la raison principale de cette décision. Souci d’autant plus vif qu’en mai 1988, l’actuel évêque de Rome avait conclu un accord avec Mgr Lefebvre. On imagine l’infinie déception provoquée par la rétractation de celui-ci et, par conséquent, la volonté décuplée de résoudre, une fois et quand même, le schisme. La mise sur pied immédiate, début juillet 1988, de la commission Ecclesia Dei le confirme. Volonté d’autant plus marquée que l’orientation générale des dissidents rejoint la préoccupation aigüe du pape inquiet de l’évolution résolument laxiste, subjectiviste, matérialiste du monde contemporain. Mais, toutes ces motivations, aussi honorables soient-elles, ne changent rien à une dure réalité : les schismatiques souhaitent certes retrouver la communion ecclésiale. mais lorsqu’ils demandent dans leur lettre au pape du 29 janvier 2009 "des échanges concernant des doctrines en opposition avec le Magistère de toujours", ils se posent, comme ils l’ont toujours fait, en gardiens de la Vérité face à une Eglise suspecte d’hérésie. Peut-on dialoguer avec de tels interlocuteurs ? Etait-il raisonnable d’imaginer que cela était possible ?
* Les intertitres sont de la rédaction de Sources.
