Les apôtres n’avaient pas non plus le moral, terrorisés, ils s’étaient enfermés dans une pièce verrouillée. Quel gâchis ! Quelle mésaventure ! Eh oui, il y a des jours où l’on ne vit pas, où l’on voit tout en noir, où l’on voit tout sombre.
Les deux malheureux tournèrent le dos à Jérusalem, il fallait vite oublier cette page douloureuse, il est plus facile de faire son deuil au village. Jésus ressuscité, le compagnon inconnu, a eu le temps de comprendre leur déception sans appel : "Et nous qui espérions". Cette petite phrase résume toutes les déceptions des hommes et des femmes d’hier et d’aujourd’hui.
Nous avions investi nos forces et nos biens, nous avions placé des fonds et des espoirs, et tout est tombé à l’eau. Après un siècle tourmenté par des guerres, des massacres, des génocides, des injustices, des inégalités et l’exploitation de l’homme par son semblable, nous espérions un monde plus juste et fraternel, et pourtant… Avec la "stabilisation" du monde par des structures efficaces, nous espérions qu’il n’y aurait plus de violence, de crise, de licenciement et des victimes. Nous espérions que les choses seront plus faciles : après l’adolescence, après les études, avec un travail fixe, quand les enfants seront grands, quand nous prendrons notre retraite…
Chers disciples d’Emmaüs, compagnons du Ressuscité et compagnons de l’humanité sur la route de la foi, appreneznous à le reconnaître aussi à la fraction du pain afin que nos eucharisties soient une source de joie et d’espérance, afin de mieux profiter du bonheur de chaque jour. Il faut plus de courage pour s’aventurer sur le territoire illimité de l’espérance. Comme nous dit le psaume du jour, pour habiter dans la confiance, faisnous voir Seigneur ton visage de lumière. La paix soit avec vous.
L’Abbé Rudacogora Emmanuel
