Voici plus de 100 jours, l’évêque suisse Kurt Koch était nommé à la tête du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens. Dans un entretien accordée à l’agence Apic, il raconte ses expériences et parle de l’avenir de l’œcuménisme. En voici un extrait.
Apic : On parle souvent d’un œcuménisme au point mort, d’une ""ère glaciaire"". Comment voyez-vous l’œcuménisme aujourd’hui ?
Cardinal Koch : Je ne parlerais pas d’une ""ère glaciaire"". Ce n’est pas une période facile cependant. En 50 ans, nous n’avons pas atteint notre objectif, l’unité de l’Eglise. Dans certains dialogues, le but de l’œcuménisme a parfois disparu. La majorité des Eglises ont leurs propres visions de l’unité et elles l’appliquent à l’effort œcuménique. Il existe donc autant d’objectifs pour l’œcuménisme que d’Eglises. Il est important que nous discutions de ce qu’est l’Eglise. Il me semble que c’est la question centrale.
Apic : Votre rendez-vous le plus important a été la visite chez le patriarche Bartholomée, à Istanbul. Comment est le contact avec Constantinople et plus généralement avec l’orthodoxie ?
Cardinal Koch : Au cours des dernières semaines, l’orthodoxie a été un point fort de notre travail. Il y a eu la commission entre catholiques et orthodoxes à Vienne. Ensuite j’ai pris part à l’intronisation du patriarche de Serbie. Le point fort de cet engagement était la visite à Istanbul lors de la fête de saint André. Notre délégation a été reçue avec une hospitalité formidable. Le patriarche est une personne très accueillante avec une profondeur spirituelle réelle, le dialogue avec notre Eglise lui tient à cœur. Après la fête, nous avons eu une discussion approfondie sur l’avenir du dialogue.
Nous voulons nous engager sur un sujet théologique, la question de la primauté et de la synodalité. La synodalité est un thème central de l’orthodoxie alors que la primauté est essentielle pour les catholiques. Nous allons chacun de notre côté travailler à un texte à partir duquel nous rédigerons un document commun en novembre prochain. En 2012, ce texte sera transmis à la commission commune.
Apic : Vous avez rencontré le secrétaire général du Conseil œcuménique des Eglises et vous allez bientôt voir le chef de la Fédération Luthérienne Mondiale. Le contact avec les Eglises de la réforme est difficile. Comment ce dialogue va-t-il se poursuivre ?
Cardinal Koch : Le pape a expressément désiré que l’Eglise catholique s’investisse plus avant dans ce dialogue. Lorsqu’on m’a proposé le poste à Rome, un des arguments essentiels était qu’il fallait une personne qui connaisse les Eglises et communautés issues de la réforme non pas uniquement par les livres mais également par son expérience personnelle. Un signe tangible que le dialogue avec les protestants est aussi important, aux yeux du pape, que celui avec l’orthodoxie.
Mais ce dialogue est naturellement spécial. Avec l’orthodoxie, il s’agit avant tout d’une question de primauté. Dans les Eglises de la réforme, nous avons une grande diversité de communautés avec beaucoup de fragmentations, ce qui ne facilite pas le dialogue. Mais il y a également une tendance à la collaboration. Je considère la Communion d’Eglises Protestantes en Europe (CEPE) comme un commencement positif, il s’agit d’un partenaire de dialogue avec lequel on peut parler.
Apic : Quelles perspectives voyez-vous pour l’œcuménisme ? Comment l’unité est-elle possible ? Quel type d’unité privilégiez-vous ?
Cardinal Koch : Le problème principal est que tous parlent de la réconciliation des différences mais que chacun entend quelque chose de différent par ces mots. Pour nous catholiques, ce concept décrit bien les buts de l’œcuménisme : que les différences qui divisent l’Eglise, puissent être retravaillées et deviennent réconciliation, afin que nous puissions mutuellement nous reconnaître comme Eglise.
Le pape actuel a dit une fois que l’œcuménisme signifie que nous sommes une Eglise et restons cependant différentes Eglises. J’ai parfois l’impression que les Eglises réformées associent le concept de la réconciliation des différences avec la situation actuelle : si nous nous acceptons juste mutuellement comme Eglise, nous aurons l’unité. Ce n’est pas une position acceptable pour les catholiques.
Il faut nous entendre vraiment sur ce qu’est l’Eglise. Nous avons adopté en 1999 une déclaration commune sur la justification par la foi. Sur le long terme, j’espère une déclaration sur l’Eglise, sur l’eucharistie et sur le ministère. Il me semble qu’il s’agit des questions décisives pour notre futur.
Apic : Comment était votre arrivée à Rome ? Comment avez-vous vécu le changement de la Suisse au Vatican ?
Cardinal Koch : Jusqu’à maintenant je n’ai pas eu beaucoup de temps pour penser à tout ce qui a changé. Il y a eu tellement d’événements. Ce travail est un défi, il demande beaucoup de patience mais c’est également un beau travail. Je suis heureux de remplir cette tâche. C’est un autre style de vie qu’en Suisse mais je crois que je me sentirai bien à Rome. (apic/cic/job/amc)
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