« Vos billets sont fadasses. Vous ne parlez même plus de Dieu ! » (sic). Urgence de dire Dieu ! Les églises se vident ! Les repères fichent le camp ! Il faut redire la Vérité !
Quelle mission ! Le pauvre théologien que je suis se sent bien indigne de cette tâche. Moi qui n’ai en besace que des livres lus, et mon humble expérience… Dites, comment aurais-je dû dire Dieu, dimanche passé, devant l’agonie de cette petite, aux soins intensifs de pédiatrie du CHUV ?
Dieu était là devant moi, mourant. Là dans ces parents incroyables, non chrétiens qui tendaient les mains à travers la douleur pour remettre leur fille au Royaume de l’Esprit. Là dans la tendresse de l’infirmière, et dans les yeux rougis des médecins. Là dans tout un hôpital qui jour après jour fait vivre Dieu. Pas celui que l’on dit. Celui que l’on vit. Dans l’exigence professionnelle. Les compétences médicales. Dans l’humanité du soignant, l’écoute du psy, la foi du chercheur et le travail de l’assistant social. Dieu de l’Existence. Soyez tranquilles : ni abstraction, ni relativisme, dans ce Dieu-là !
Faire connaître Dieu ? Peut-être que oui, alors. Mais au sens biblique ! Plonger dans son Existence. Faire l’amour avec Lui. Le prendre à bras-le-corps partout où Il se donne. De tout son être. Danser avec la Vie. Ou combattre avec elle comme Jacob, de nuit. Reste au petit matin l’humilité d’un homme qui marchera tordu désormais. Peut-être aura-t-il sauvé quelques fils d’or, arrachés à la tunique de l’ange. Nouer ces quelques fils dans mon tissu humain, si déjà je faisais ça bien…
Saint Alcide (M. Delbrêl) écrivait : « Seigneur, si tu es partout, comment se fait-il que je sois si souvent ailleurs ? ». Répondre d’abord à cette question en résoudrait selon moi beaucoup d’autres…
