Les aumôneries catholique et réformée de l’EPFL ont relancé le dialogue entre science et foi. Un film d’entretiens avec des professeurs de l’Université de Lausanne et de l’Ecole polytechnique a été réalisé à cette occasion. Projeté pour la première fois jeudi 17 mars, il fut suivi d’un débat riche et instructif avec un auditoire de 200 personnes.
A l’instigation de Maria Zufferey et Christian Vez, aumôniers catholique et protestant de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne, le projet d’entretiens filmés avec des professeurs, à propos du dialogue entre science et foi, a pu voir le jour. Christian Vez nous confie que l’idée est venue suite aux désarrois de doctorants trouvant que la question de Dieu était malheureusement absente de leurs études. Il n’était d’emblée pas évident d’aborder une telle question "que plus on creuse, plus elle devient profonde".
Certains professeurs se sont prêtés au jeu, exprimant librement leur point de vue de scientifiques devant la caméra, en répondant à trois question : Y-a-t-il un sens dans l’organisation de l’univers ? Qu’est-ce que l’idée de Dieu vous évoque-t-elle ? Comment science et foi peuvent-elles être compatibles ?
Chercheur en science, chercheur de sens
Qu’il est difficile de rassembler et généraliser les positions des professeurs ! Un tel nous dit que "l’idée de Dieu n’est pas une idée, ça vit." Un autre prétend que "chacun se fait son idée, c’est personnel." Ou encore : "La science ne découvre pas Dieu, elle abat les idoles créées par l’homme au cours des siècles."
Afin de clarifier cet ensemble hétéroclite d’opinions, les aumôniers avaient invité le Père Philippe Deterre, prêtre de la mission de France, chercheur au CNRS en immunologie. Pour lui, il y a autant d’interprétations des résultats de la science qu’il y a de scientifiques. Toutefois la science travaille – négativement ! – c’est-à-dire qu’elle élimine des interprétations, très souvent à raison, et donc définitivement.
C’est reconnaître tout de même que le monde n’est pas un chaos, qu’une organisation se laisse découvrir. D’ailleurs ne faut-il pas au scientifique une certaine foi, une certaine confiance que tout n’est pas chaos, pour s’engager dans une voie de recherche toujours longue et laborieuse ? Le chercheur en science devient chercheur de sens ; il n’est pas l’ennemi de la foi.
L’inouï de Dieu
Quant au croyant, le travail de purification des interprétations entrepris par les scientifiques ne l’ébranle pas. Sa foi ne le fait pas adhérer à un scénario. Il ne s’agit concrètement pas de réciter l’agenda de Dieu lors des premiers jours de la création, mais de rendre compte de l’inouï de Dieu. Les deux contributions succédant à celle du Père Deterre s’en écartaient considérablement.
Le professeur Georges Meylan, astrophysicien, était d’avis que la science prononce un discours unique alors que la religion est diverse, culturelle. Il ne faut jamais les mélanger et considérer plutôt que la science ne s’occupe que du "comment", jamais du "pourquoi". Ce qui fait la force de sa méthode repose sur l’abandon de l’idée de Dieu, devenu une hypothèse inutile.
De gauche à droite : le professeur Georges Meylan, le Père Philippe Deterre, Maria Zufferey et le professeur Yann Barrandon.
Finalement, le professeur Yann Barrandon, biologiste spécialiste des cellules souches, a raconté son expérience traumatisante vécue à l’Université de Fribourg, lors d’un débat sur le clonage reproductif à partir de cellules souches. Lui, le médecin, manipulateur du vivant, a bien cru finir brûlé dans les flammes. Son contradicteur, Monseigneur Bernard Genoud, passait aux yeux du public pour le défenseur du bien, qui devait triompher du démon. Parfois le dialogue entre science et foi semble en effet impossible.
Silence et applaudissements
Dans le débat entre professeurs et le public, le professeur Theo Lasser, spécialiste d’optique biomédicale, a égrainé quelques phrases tranchant radicalement dans les discussions : "La science veut comprendre et enseigner, mais la foi se pratique. On peut seulement comprendre la foi si on la pratique." Un silence complet se fit soudain dans l’auditoire de l’EPFL, suivi d’applaudissements nourris.
Le Père Philippe Deterre a eu le dernier mot : "Il y a des choses que nous pouvons savoir, mais qu’en tant qu’humain nous n’avons pas besoin de savoir". Ainsi en va-t-il parfois du sexe d’un fœtus que certains se réjouissent de ne découvrir qu’à la naissance.
Le DVD "Science et foi" des aumôniers de l’EPFL peut être commandé à maria.zufferey@epfl.ch.
