Pendant plus de deux heures, le chef du Département fédéral de justice et police a plaidé en faveur de la révision de la loi sur l’asile et de la loi sur les étrangers, assurant que seuls les "faux réfugiés" qui profitent de notre système en pâtiraient, pas les vrais réfugiés. Le tribun zurichois estime que jusqu’à maintenant la législation a permis trop d’abus, et cela est en partie dû au fait que nous avons tous en tête les cas individuels litigieux de la dernière guerre mondiale. "Mais cela n’avait rien à voir avec l’immigration de masse à laquelle nous devons faire face aujourd’hui".
Mise en garde
Le ténor de l’UDC a mis en garde à cette occasion les Eglises contre la tentation de faire de la politique : elles doivent faire attention quand elles entrent dans ce champ même s’il est plus intéressant, insiste-t-il. "Sinon cela ne me gêne pas que les Eglises prennent position sur des problèmes politiques, elles peuvent faire ce qu’elles veulent". En ce qui concerne l’Eglise évangélique réformée du canton de Zurich, son Eglise, a-t-il poursuivi, "ce que je trouve un peu délicat, c’est lorsqu’elle n’accomplit plus sa mission d’annoncer l’Evangile parce qu’elle fait de la politique". Mais les Eglises, en insistant sur l’amour du prochain et en critiquant la nouvelle loi sur l’asile, ne font que leur devoir, a rétorqué le pasteur Matthias Herren, rédacteur responsable du Kirchenbote(2) de Zurich. "Je lis aussi le Kirchenbote… J’ai des points d’interrogation quant à savoir si vous prêchez vraiment la parole de Dieu ou si vous ne préférez pas faire autre chose. D’autre part, relève-t-il, les gens d’Eglise, comme les membres de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse, ne sont pas élus par le peuple, "en tout cas pas par moi en tant que membre d’une paroisse."
Jouer les bons Samaritains
Le conseiller fédéral se dit aussi favorable au fait que l’on joue les bons Samaritains. "Je n’ai rien contre. Je ne vois pas cependant, dans cet Etat, qui ne serait pas accepté alors qu’il chercherait un abri au bord du chemin. Mais en ce qui concerne la loi sur l’asile, elle a été faite pour ceux qui sont en grave danger dans leur pays. Ceux-ci doivent être accueillis sans exceptions, qu’ils aient un passeport ou non." L’Etat doit tout de même se poser cette question : pouvons-nous accueillir tout le monde ? Par exemple les Africains, étant donné la situation dans laquelle ils vivent, pourraient-ils tous venir librement en Suisse ? "C’est une question éthique difficile, admet-il, mais ce n’est pas possible. Tous les pays d’Europe doivent répondre à cette question négativement, nous ne sommes pas en mesure de tous les recevoir ! Nous devons nous limiter aux personnes réellement persécutées." L’évêque de Coire, que Christoph Blocher dit bien connaître, le lui aurait aussi dit : "on ne peut pas tous les recevoir !". Le conseiller fédéral admet que c’est là une tâche très dure, mais il est nécessaire de renvoyer les requérants quand ils ne sont pas admis en Suisse, sinon l’Etat perdrait tout contrôle. S’adressant à l’abbé Michel Salamolard, directeur éditorial des bulletins "Paroisses Vivantes", le chef du Département fédéral de justice et police souligne que de nombreux faux réfugiés ont des trucs pour faire durer leur séjour, comme ne pas dire leur nom, donner une fausse identité, une fausse provenance, détruire leurs papiers… "Il faut diminuer les abus, sans toucher les vrais réfugiés, pour que nous restions crédibles… Mais aujourd’hui, l’idiot, c’est celui qui montre ses papiers !"
