Cela fait juste dix jours que je connais Mme N. D’abord par téléphone, elle manifeste qu’elle a besoin d’aide. Enceinte de six mois, elle a eu de nombreux problèmes de santé pendant sa grossesse. Les trajets nocturnes en taxi vers le CHUV ont fait basculer le budget familial, si serré. Le salaire de son mari se monte à 2600 francs par mois, à 100%. Je lui amène quelques kilos de nourriture, de quoi faire manger leurs deux enfants de 10 et 6 ans jusqu’à la fin du mois.
Il n’ont pas le statut de réfugiés. Mais ils sont là depuis douze ans, au bénéfice d’un permis humanitaire. La situtation de leur pays est trop instable pour qu’ils puissent y retourner. Les deux enfants sont nés en Suisse, n’ont connu que ce pays. Nous rangeons ensemble ce que j’ai apporté. M-Budget toujours et encore : yogurts, pâtes et sauce tomates, lait, riz, pommes de terre.... Juste le basique, le nécessaire, le vital. Je me revois dans le magasin, renonçant à tout autre article. Car chaque franc économisé leur permettra de tenir un peu plus longtemps.
Ils sont au bénéfice d’une aide. Mais leur assistant social n’est plus là ; on leur a dit qu’il était en vacances. Après quelques mois, ils apprennent - enfin - qu’il a en fait quitté son travail. Sa remplaçante est en vacances, et les 1100 francs auxquels ils ont droit par mois, en plus des 2600 francs que gagne M. N., ne peuvent pas être versés avant son retour.
Révolte. Colère. Comment admettre que des enfants n’aient pas à manger alors que leur père travaille à 100%, en Suisse ? Cela s’appelle homicide par négligence. Ou le péché d’indifférence.
