La célébration a eu lieu en présence de présidente de la Confédération Doris Leuthard, de Mgr Norbert Brunner, président de la Conférence des évêques suisses et de l’aumônier fribourgeois, Mgr Alain de Raemy. Quelques uns des gardes romands nous ont confié comment leur séjour de deux ans à Rome était une école de vie très formatrice.
"Ouverture d’esprit et maturité"
« Nous acquérons ici, à la garde-suisse, une ouverture d’esprit, une maturité, au contact de personnes du monde entier en visite au Vatican », expriment Timothy Schmid et Quentin Pasquier, deux Vaudois au service du pape depuis près d’une année. Au lendemain de leur assermentation, en compagnie des deux Fribourgeois Antoine Maillard et Danny Deschenaux, ils ont raconté avec finesse quelques aspects de leur vie de garde-suisse, leur contact avec les intimes et proches du Vatican.
« C’était pour moi un moment très émouvant de serrer la main du pape, le jour de Noël, l’année passée », raconte Danny, 21 ans, encore très impressionné. Antoine a lui aussi été très touché par la gentillesse de Doris Leuthard, la présidente de la Confédération : « Elle nous a salué hier personnellement chacun, à l’occasion de notre serment. » Tous les quatre, hallebardiers depuis quelques mois, ont ému leurs parents par leur prestation de serment de la veille.
Assermentation émouvante
Sur la scène et devant une assemblée de 3500 invités, la centaine de gardes dessinent des mouvements enchaînés selon une géométrie sophistiquée. La perfection suisse soutenue par la trentaine de musiciens de la garde.
« J’ai vécu un moment très fort, » s’exclamait la maman de Quentin Pasquier, quelques minutes après le serment de son fils. Avec son mari, elle confie qu’elle est étonnée combien les gardes deviennent des hommes mûrs en quelques mois.
Parents accueillis
Les parents des 31 nouveaux hallebardiers assermentés étaient fiers de leurs fils après la prestation de serment, prenant des photos d’eux, entourés de leur famille, dans la cour de la garde. Ils ont été accueillis par les officiers, qui leur ont fait visiter les chambres où leurs enfants vivent, par deux.
Difficile, la vie de caserne, la cohabitation quasiment 24 heures sur 24 dans des lieux plutôt confinés ? « Les jardins du Vatican sont magnifiques. On peut s’y promener, courir. Et nous faisons tous des sports collectifs », racontent-ils.
Et la confrontation avec les gardes alémaniques se passe bien. Il faut dire que les Romands sont plus nombreux aujourd’hui qu’il y a quelques années. Cette année, c’est un tiers des nouveaux qui parlent français. « La barrière de roestis ne pose quasiment pas de problèmes. On en plaisante avec certains Suisses-allemands quand on se voit au bistrot. Et dans nos rapports de travail, il n’y a pas de problème », disent-ils en chœur.
« Chacun s’efforce de s’exprimer dans la langue de l’autre, s’il la maîtrise un peu ». Et quand il y a des difficultés de compréhension, c’est en italien qu’ils s’expliquent. « Dès notre incorporation, on nous donne des cours intensifs d’italien ; en quelques mois, on arrive à s’exprimer. C’est plus facile pour nous que pour les Alémaniques ».
« Où est la basilique Saint-Pierre ? »
Les visiteurs du Vatican ignorent ces différences et posent volontiers des questions aux gardes suisses. Ceux-ci leur répondent avec beaucoup de gentillesse, « même si on nous demande parfois des choses complètement loufoques, par exemple où est la basilique Saint Pierre ! Des touristes réclament de faire la pose-photo avec nous ; on accepte volontiers en compagnie d’enfants ».
La garde suisse semble folklorique à certains, mais les hommes en service sont efficaces pour signifier poliment et fermement, là où il est interdit de passer. La comparaison avec les policiers italiens qui patrouillent dans les murs du Vatican est avantageuse pour les hallebardiers suisses, reconnaît un journaliste français de Radio Vatican.
Les quatre jeunes gardes assermentés il y a quelques jours apprécient la comparaison. Avec leurs mots, ils expliquent qu’ils se sentent investis d’une mission d’accueil auprès de tous les visiteurs, du simple touriste au grands de ce monde. Pour la Suisse, c’est une belle carte de visite auprès des visiteurs du monde entier. Nos conseillers fédéraux le savent bien, fidèles au rendez-vous du 6 mai.
Aumônier romand
Mgr Alain de Raemy, aumônier de la garde-suisse depuis quatre ans avec le grade de lieutenant-colonel, vante le sens du respect des gardes envers chacun au Vatican, du pape au simple nettoyeur, du président des Etats-Unis au touriste ignare. A 51 ans, ce Fribourgeois s’exprimant en suisse-allemand comme en français ou en italien, inspire confiance aux gardes, qui se confient volontiers à lui.
« Leur quotidien n’est pas facile. C’est une vie de caserne. Les gardes vivent dans la promiscuité, sont souvent ensemble, qu’ils soient en service, au repos ou en congé. Leur situation ressemble à celle d’une petite communauté de villageois. Chacun est au courant de ce que fait l’autre. Des rumeurs sont amplifiées, des médisances sont formulées involontairement », analyse Alain de Raemy. Pour distraire les gardes, il organise donc des visites des trésors artistiques de la Ville éternelle.
Vie culturelle à Rome
Car vivre à Rome, malgré les contraintes et horaires irréguliers, c’est pouvoir bénéficier de curiosités culturelles très nombreuses, à commencer par les églises et musées. « Quelques uns se débrouillent très bien tout seuls. Ils entraînent leurs camarades au concert. Malgré nos encouragements, il arrive que des gardes n’aillent pas une fois dans les musées du Vatican en deux ans de service. »
Est-il tout de même possible d’avoir un minimum de vie privée pour un garde suisse ? Davantage confident que confesseur, Alain de Raemy sourit. « Bien sûr. Environ un garde sur dix noue une relation sentimentale sérieuse, ici, à Rome ; avec des Italiennes et des étrangères du monde entier. Souvent ces filles sont très croyantes et revivifient la foi de leurs compagnons suisses. Leur maturité en ressort finalement encore grandie. »
Respectant leur liberté de conscience, les officiers demandent simplement à leurs hommes qu’ils aient une vie digne et irréprochable en ville ; et qu’ils ne fassent venir personne dans leur chambre. Malgré les contraintes, des jeunes sont attirés par cette vie militaire à l’étranger. « De plus en plus d’étudiants s’intéressent à la garde, qui peut être une formidable école de vie, au point vue religieux, culturel et relationnel », résume Mgr Alain de Raemy.
La garde suisse en bref
110 officiers, sous-officiers et hallebardiers. 37 d’entre eux sont Romands, parmi lesquels cinq cadres.
Parmi les 31 nouveaux gardes, on compte 11 Romands : Six Fribourgeois (Bastian Bersier, Alexandre Conde, Ronan Darbellay, Danny Deschenaux, Jean-Frédéric Heck, Antoine Maillard), deux Vaudois (Quentin Pasquier), un Genevois (Aain Miserez), un Neuchâtelois (Stanislas Calderara) et un Valaisan (Lionel Rey).
Les nouveaux s’engagent au minimum pour deux ans. Une petite minorité d’entre eux restent trois à quatre ans.
Les gardes-suisses sont payés 1000 euros. Ils sont logés et payent partiellement leurs repas et le nettoyage de leur linge.
