Pedro Meca est né Basque, à Pampelune, en Espagne, pauvre parmi les pauvres. À dix-sept ans il rejoint sa mère naturelle à Bordeaux et après quatre années de trafic et de bamboche, il rencontre un prêtre avec lequel il se lie d’amitié et qui lui révèle sa vocation : il sera prêtre dominicain et compagnon de la première heure de l’abbé Pierre. Mais atypique il restera. L’engagement de Pedro, c’est enfin et surtout, la rue ; mais plus encore, la nuit. Pedro sera à l’EPFL le mardi 24 novembre pour une rencontre à 12h15 à l’auditoire CO1.Qui « habite » la rue de nos jours ?
Les circonstances de la vie conduisent à la rue les personnes de tout âge et de toute situation sociale, surtout celles qui n’ont pas une « belle profession libérale ». Ce sont en grande proportion les personnes de milieux populaires et pauvres qui se retrouvent à la rue . Le chômage en est l’une des premières causes ; La fragilité des liens sociaux renforce souvent ce phénomène.
Cependant parler « des gens de la rue » ne veut pas dire grande chose.
Il y a ceux qui commencent leur vie d’adulte à la rue en ayant 16, 20 ans ; et ceux qui ont vécu en couple, fondé une famille, avec des enfants et qui, après des années de vie familiale, finissent dans la rue à cause du chômage, d’une infidélité conjugale, d’une maladie, de l’alcoolisme ou des drogues. La résistance physique et morale aux conditions de vie dans la rue différent d’une personne à une autre. D’après notre expérience en France, l’espérance de vie des personnes vivant dans la rue est inférieure de 30 ans au citoyen dit « normal ».
30 ans au citoyen dit « normal ». Ce chiffre doit faire réfléchir, avant d’affirmer que les gens de la rue sont là parce qu’ils le veulent bien. « Habiter la rue », c’est clairement l’annonce d’une mort prématurée.
Comment aider les autres dans un monde où règnent le stress et la méfiance ?
Tout d’abord, il faut se demander d’où vient le stress et la méfiance et pourquoi nous nous laissons emporter par la vague de ce mode de vie sociale. Le rythme de vie, l’argent à gagner en quantité et rapidement, l’individualisme à tout va, nous obligent à penser en premier lieu et presque exclusivement à nous-même. Les autres sont en effet perçus comme des concurrents, pour ne pas dire des ennemis à combattre, desquels il faut se méfier. Nous vivons essentiellement pour le bien-être matériel. Très développés techniquement, nous nous appauvrissons de plus en plus au niveau relationnel. Nous sommes engagés dans une dynamique du sous-développement relationnel.
Ainsi, la méfiance prime bien souvent sur la confiance. Par conséquent, nous devons absolument changer de regard, si nous désirons aider les personnes en difficulté et à la rue. Accueillons-les sans à priori comme une personne à part entière.
Comment faites-vous pour donner de l’espoir à ceux qui n’ont plus rien ?
Dans mon travail et mes activités, j’ai toujours oeuvré à l’établissement d’un climat de confiance avec les personnes en difficulté ; ce climat qui va permettre un dialogue authentique, sans compromis, sans fausse pitié. Respecter l’autre, pour mieux le connaître et pouvoir susciter en lui le respect de sa propre personne. Bref, que les individus deviennent petit-à-petit responsables de leur vie.
Malgré ce cruel dénuement, arrivent-ils à vous apporter quelque chose ?
Je suis convaincu que chaque personne a sa place dans la société. Place qu’il faut aider à prendre ; donc ne pas rester à observer es manques, si visibles soient-ils, mais, au contraire, chercher à découvrir ses qualités, ses potentialités. De cette manière, la personne va probablement trouver la force, l’énergie et l’envie de prendre une autre place que celle d’être à la rue, d’être en demande . Evidemment, cela nécessite un long travail de proximité et de confiance. Mais, l’humanité a besoin de tous pour grandir ; donc bien sûr aussi des personnes de la rue. Communiquer cela est déjà un premier pas pour trouver ou retrouver sa place personnelle dans la société.
Personnellement, j’ai beaucoup appris au contact du monde de la rue : comme la force qu’il faut pour tenir debout ou combien l’homme est capable de rebondir. J’ai beaucoup travaillé sur la connaissance du coeur humain, tant dans la capacité à aimer que dans la souffrance du manque d’amour. J’ai enfin appris à me réjouir des choses simples et à me contenter du strict nécessaire.
Maria Zuffrey
